Livres Hebdo, 20 janvier 2017, par Véronique Rossignol

Tous les adolescents sauf un

Wolfgang Hermann signe un récit de deuil et de retour à la lumière.

« Plus rien ne serait comme autrefois » : l’écrivain autrichien Wolfgang Hermann n’aurait jamais pensé écrire une telle chose. « J’aurais raturé une phrase comme celle-ci, en en fustigeant le pathétique et l’emphase. Il n’en était plus ainsi à présent. Je ne pressentais pas encore comment cela peut être quand la peau du monde se retourne d’un coup. » La disparition de son fils, mort dans son sommeil à 17 ans dans la maison paternelle, a tout changé, jusqu’à l’usage des mots. « Le temps s’est évanoui ce matin-là », écrit ce père endeuillé alors que trois saisons se sont succédé depuis ce jour d’hiver fatal.

Adieu sans fin réanime les souvenirs de Fabius, adolescent à la fois ordinaire et singulier. La relation de complicité qui s’était construite tardivement, quand le garçon avait quitté à 13 ans la province à l’extrémité du pays où il vivait avec sa mère, pour habiter dans une grande ville sans nom chez ce père resté longtemps « un père à titre occasionnel », intermittent dans la vie de son fils.

Calme, parfois presque doux, couché dans un chagrin à perpétuité vidé de sa rage primitive, ce bref récit s’éclaire aussi peu à peu d’une lumière revenue. Deux femmes tirent l’homme hors du puits. Julia, la toute jeune fille dont l’adolescent était amoureux. Et Anna, la mère de Fabius, le premier amour mué avec la mort de l’enfant en un lien indéfectible auquel Wolfgang Hermann offre des images magnifiques. « Il existe entre nous un espace de clarté, un sentiment sur lequel il ne nous est pas nécessaire de mettre des mots. »

Dans Le roman infanticide : Dostoïevski, Faulkner, Camus. Essais sur la littérature et le deuil (éditions Cécile Defaut, 2010), Philippe Forest écrit : « Il n’y a pas de tombeau littéraire. Le mot et l’adjectif ne s’accordent pas. Le livre – s’il est livre – ne vient creuser aucune fosse, sceller aucune dalle, ériger aucune stèle. Tout au contraire, il se fait geste par lequel le trou ouvert dans la terre ne se referme pas tout à fait, laissant comme un espace qui bée et par lequel une communication, une conversation se laisse entretenir à jamais entre les vivants et les morts. » Adieu sans fin est de ces textes-là