artpress, octobre 2017, par Étienne Hatt

Le deuxième roman de Pierre Demarty est un livre âpre dont la violence sourde finit par céder la place à une sérénité retrouvée. Il part de la description de deux images et de leurs puissants effets sur un homme de quarante ans que rien ne prédisposait à fondre ainsi en larmes. Ces deux images montrent chacune un petit garçon seul sur une plage qui, dans son esprit, ne feront bientôt qu’un. Le premier, encore un bébé, hurle. Il apparaît dans un film – Under the Skin (2014) de Jonathan Glazer, mais nul besoin de le savoir, ni de l’avoir vu, tant le récit de la séquence qu’en fait Demarty est glaçant. Cette image hante l’homme un été durant sans qu’il n’en parle à personne. Elle sera réactivée, plus d’un an plus tard, par une photographie de presse, celle du petit Syrien retrouvé mort sur une plage un matin de septembre – mais nul besoin de revoir le cliché tant les pages que lui consacre Demarty sont un morceau de littérature. Elles ouvrent le roman qui, ensuite, bifurque pour se concentrer sur l’homme et ses réactions, esquisser quelques pistes, comme son enfance au bord de la mer ou sa paternité, sans jamais lever véritablement le mystère de son bouleversement : ce que les images touchent en nous, ce qu’elles font à notre corps est parfois incompréhensible, du moins cela peut-il sans doute se passer d’explication. Livre magnifique sur la hantise des images, Le petit garçon sur la plage est servi par une distance qui n’a rien de clinique et rend étonnamment présent son objet et une plume descriptive et visuelle – « Dans l’aube ouverte, le paysage défroissé par le souffle lent et blanc de la lumière éclose. » – qui, loin d’irriter, trouve son efficacité dans la répétition – une écriture en dans la répétition – une écriture en manière de ressac à la fois impitoyable et calme.