Romano Bilenchi

Romano Bilenchi, né à Colle Val d’Elsa, dans la province de Sienne, en 1909, est mort à Florence en 1989.

Écrivain et journaliste, il a fondé, en 1945, la revue Società, dirigé de 1948 à 1956, à Florence, le journal Il Nuovo Corriere et fut co-directeur de l’hebdomadaire Il Contemporaneo.
Après avoir été, dans son extrême jeunesse, tenté par le fascisme ambiant, il se rapprocha du marxisme et lui resta fidèle jusqu’à sa mort, tout en cultivant de nombreuses amitiés parmi des auteurs et intellectuels non communistes, notamment Mario Luzi. Il fut aussi lié aux peintres Ottone Rosai et Mario Marcucci.

Il a publié des nouvelles et des romans d’une grande perfection d’écriture, inspirés par la manière incisive et sèche des mystiques siennois et des primitifs toscans. Il apparaît surtout comme l’héritier de Federigo Tozzi, le grand auteur de Sienne encore trop peu connu. Ses œuvres essentielles, Conservatorio di Santa Teresa et les deux premiers récits de la trilogie Les Années impossibles (Gli anni impossibili) datent du tout début des années quarante : lues parfois comme des témoignages tardifs du naturalisme, elles ont pu engendrer le malentendu qui voit en Bilenchi un « narrateur toscan des années trente et quarante » ; vision scandaleusement réductrice d’un auteur qui doit encore trouver sa place parmi les grands prosateurs de ce siècle en Italie, admirable explorateur des cruautés de l’enfance et d’une terre siennoise où le réalisme rejoint étrangement la mystique.

La traduction des Années impossibles a correspondu avec la publication, en Italie, de l’intégrale de l’œuvre de Bilenchi préfacée par le poète Mario Luzi.

Bilenchi, qui avait reçu, en 1982, le très prestigieux prix de l’Accademia dei Lincei, a, durant les vingt dernières années de sa vie, effectué sur la totalité de son œuvre un travail sans équivalent dans la littérature italienne récente, reprenant ses récits et nouvelles afin de les regrouper de façon plus organique, délimitant à l’intérieur de son corpus des lignes de partage nouvelles, sources de nouveaux volumes.

Chez d’autres éditeurs

Récits (Anna e Bruno e altri racconti), trad. Maddy Buysse, Gallimard, 1969
Anna et Bruno (Anna e Bruno), nouvelle, trad. Marie-José Tramuta, Les Bilingues de Babel, 1995

 

En langue originale

(Conformément à la volonté de l’auteur, déjà exposée dans la note biographique qui précède, et qui fut de restructurer à la fin de sa vie la totalité de ses romans, proses et récits, nous ne donnons ici que la structure définitive adoptée par son œuvre, c’est-à-dire la liste des volumes dans lesquels Romano Bilenchi a finalement regroupé des textes auparavant réunis selon d’autres affinités, dans des recueils portant d’autres titres. Ce choix explique les dates de publication des ouvrages, relativement récentes, alors que les proses, récits, portraits, nouvelles qui les composent furent écrits, pour nombre d’entre eux, dans les années trente et quarante ; nous donnons en revanche, à titre d’information, la date de première publication des romans ou longs récits composant l’essentiel de certains volumes.)

Il capofabbrica, racconti, a cura di Sergio Pautasso, prefazione di Giuliano Gramigna, Rizzoli, Milano, 1991 (prima edizione : Circoli, Firenze, 1935)

Conservatorio di Santa Teresa, romanzo, introduzione di Mario Luzi, Rizzoli, Milano, 1985 (prima edizione : Vallecchi, Firenze, 1940)

Il bottone di Stalingrado, romanzo, Rizzoli BUR, Milano, 1983 (prima edizione : Rizzoli, Milano, 1972)

Gli anni impossibili, trittico (La siccità, La miseria, Il gelo), Rizzoli, Milano, 1984 (prima edizione : La siccità e La miseria, Edizioni di Rivoluzione, Firenze, 1941 ; Il gelo, postfazione di Geno Pampaloni, Rizzoli, Milano, 1982)

Amici, prose, a cura di Sergio Pautasso, prefazione di Gianfranco Contini, Rizzoli, Milano, 1988 (prima edizione : Einaudi, Torino, 1976)

Anna e Bruno e altri racconti, a cura di Sergio Pautasso, Rizzoli, Milano, 1989 (prima edizione del racconto omonimo : Parenti, Firenze, 1938)

Due ucraini e altri amici, con un’appendice a cura di Fabrizio Bagatti, Rizzoli, Milano 1990

Opere, a cura di Benedetta Centovalli, Massimo De Paoli e Cristina Nesi, prefazione di Mario Luzi, Rizzoli, Milano, 1997

 

Bibliographie critique en français

Mario Luzi, « Évocation de Romano Bilenchi », préface aux Années impossibles, trad. de Marie-José Tramuta, Verdier, 1994

 

Bibliographie critique en langue originale (sélection)

Paolo Petroni, Bilenchi, La Nuova Italia, Firenze, 1972

Olga Maria Brouwer, Invito alla lettura di Bilenchi, Mursia, Milano, 1978

Mario Luzi, prefazione a Romano Bilenchi, Opere, Rizzoli, Milano, 1997

 

Aux éditions Verdier

Prix

Prix de l’Accademia dei Lincei, 1982

Note sur Romano Bilenchi, par Mario Luzi

Réservé, plongé dans ses occupations quotidiennes, Romano Bilenchi n’a jamais été un écrivain d’estrade, mais son œuvre s’est toujours trouvée au centre du vrai débat littéraire. À une certaine époque, au temps de publications comme Società, Il Nuovo Corriere ou Il Contemporaneo, son combat politique et culturel en faveur d’une libre poésie, menacée par les tentations intégristes du marxisme, alimenta pourtant, sans tapage mais de façon substantielle, les conversations. Pour de nombreux jeunes gens des générations qui suivirent, dans le désordre hasardeux des références, il a représenté un ferme point de repère, et pour certains autres une leçon véritable et directe. L’expérience poétique au sein de la narration, qui lui vint tout naturellement de ses maîtres anciens et modernes, le place au-dessus de toute localisation géographique ou temporelle. Il est trop lié au principe même du récit pour supporter des confinements ou des limitations de cet ordre. Il semble, au sein du système narratif, être lui-même un organe, une fonction, celle – pourrait-on dire – du cœur. Un cœur immergé dans un temps qui est à la fois le sien et le nôtre, mais un cœur si ferme qu’il accorde ce temps aux rythmes d’une temporalité infinie, laquelle, au plus secret d’elle-même, voudrais-je affirmer, se distingue à peine de l’éternité.