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Silvio D’Arzo

De son vrai nom Ezio Comparoni, Silvio D’Arzo est sans conteste un des auteurs italiens les plus mystérieux de ce siècle. Fils unique et illégitime d’une cartomancienne de Reggio Emilia, il est né dans cette ville en 1920 et y est mort d’une leucémie en 1952 en laissant de nombreux inédits, dont Maison des autres (Casa d’altri), son chef-d’œuvre et, de l’avis de critiques aussi divers que Montale, Bassani ou Attilio Bertolucci, un des récits les plus parfaits de toute la littérature italienne.

Après des études de lettres à Bologne, Silvio D’Arzo est nommé professeur puis mobilisé dans une des divisions italiennes destinées au front grec. L’armistice séparé du 8 septembre 1943 le pousse à déserter et à regagner Reggio Emilia après deux mois de clandestinité.

De son vivant ne paraîtront guère que le juvénile roman À l’enseigne du Bon Coursier (All’insegna del Buon Corsiero), vraisemblablement écrit à l’âge de 18 ans, et que l’éditeur florentin Vallecchi publiera en 1942, et, dans des revues, de très courts récits ou textes critiques.

Lecteur passionné des auteurs classiques ou contemporains anglo-saxons et américains, critique aigu et non conformiste des œuvres de Stevenson, James ou Conrad, il a publié de nombreux articles sur cette littérature dont la traduction apparaissait alors à de nombreux auteurs italiens, tels Vittorini et Pavese, comme un moyen de déjouer la censure fasciste. Les textes de D’Arzo sur la littérature de langue anglaise paraîtront tardivement, à Palerme, sous le titre Contea inglese (Comté d’Angleterre).

Ses autres récits, comme Penny Wirton et sa mère (Penny Wirton e sua madre), ou encore Le Pingouin sans frac (Il pinguino senza frac), un texte pour enfants, témoignent de l’importance que la littérature anglaise du XVIIIe siècle a pu avoir pour cet auteur solitaire mais passionnément attaché au moment particulier que traversait alors l’Italie des lettres en se libérant de ses rêveries « arcadiennes ».

La mort le surprendra alors qu’il entamait la rédaction de Notre lundi, d’un inconnu du XXe siècle (Nostro lunedì, di Ignoto del XX secolo), texte composite fidèle à divers procédés narratifs entrecroisés, dont il ne reste que des ébauches et de courts récits qu’on peut lire aujourd’hui de manière indépendante : D’Arzo considérait ce projet comme celui d’une véritable Énéïde de notre temps.

Il faut souligner la grande originalité formelle de l’ensemble de son œuvre : elle dérive de la prosa d’arte (la prose d’art), infléchie dans un sens fantastique parfois proche du réalisme magique, mais ne renie pas l’influence du théâtre de Goldoni, et se leste d’une densité métaphysique stupéfiante compte tenu de l’âge de l’auteur.

Chez d’autres éditeurs

Le Camp des castors (Tobby in prigione), récit, trad. Suzanne Charre et Christine Grillon, L’École des loisirs, 1985

 

En langue originale

Nostro lunedì. Racconti, poesie, saggi, a cura di Rodolfo Macchioni Jodi, Vallecchi, Firenze, 1960

Essi pensano ad altro (1940), romanzo, con una nota di Attilio Bertolucci, Garzanti, Milano, 1976

Penny Wirton e sua madre (1948), racconto, Einaudi, Torino, 1978

Casa d’altri e altri racconti, Einaudi, Torino, 1981 (prima edizione: Sansoni, Firenze, 1953)

Il pinguino senza frac(1948) e Tobby in prigione (1948), racconti, Einaudi, Torino, 1983

Contea inglese, a cura di Eraldo Affinati, Sellerio, Palermo, 1987

L’uomo che camminava per le strade (1942), racconto, a cura di Daniele Garbuglia, Quodlibet, Macerata, 1993

All’insegna del Buon Corsiero, romanzo, a cura di Anna Luce Lenzi, Adelphi, Milano, 1995 (prima edizione: Vallecchi, Firenze, 1942)

L’osteria (1942), racconto, a cura di Anna Luce Lenzi, Quodlibet, Macerata, 1998

Bibliographie critique en français

Attilio Bertolucci, préface à Maison des autres suivi de Un moment comme ça, Verdier, 1998

Bernard Simeone, « Le Concerto Jeunhomme de Silvio D’Arzo », postface à À l’enseigne du Bon Coursier, Verdier, 1998

Bibliographie critique en langue originale (sélection)

Attilio Bertolucci, presentazione di Essi pensano ad altro, Garzanti, Milano, 1976

Eraldo Affinati, introduzione a Contea inglese, Sellerio, Palermo, 1987

Paolo Lagazzi, Comparoni e « l’altro ». Sulle tracce di Silvio D’Arzo, Diabasis, Reggio Emilia, 1992

Anna Luce Lenzi, nota al testo di All’insegna del Buon Corsiero, Adelphi, Milano, 1995

Anna Luce Lenzi, Gli uomini di Sìvilek all’osteria, postfazione a L’osteria, Quodlibet, Macerata, 1998