![]()
|
Car les auteurs avec qui javais lhabitude de travailler
mont appris à définir ce quest véritablement
la fidélité à un texte qui na
rien à voir avec la littéralité. Ils me
disaient : dis ce que tu veux dire, pourvu que ça sonne
bien, que le rythme soit juste. Et peu importe la succession
des mots dans le texte original. Lorsquon sattaque
à une nouvelle traduction dune uvre, cest
aussi parce que celles qui existent vous paraissent insatisfaisantes
|
Et à ma grande surprise, je me suis rendu compte que ce
nétait pas du français ! Je veux dire que
ce nétait pas un français qui est le nôtre,
et surtout pas celui qui correspondait au texte de Cervantès
: le texte de Cervantès est dun abord très
simple.![]() On faisait lecture de Don Quichotte aux gens rassemblés sur le parvis des cathédrales, dans les champs ou les fermes, à lheure du repos : cest un texte écrit pour être lu à voix haute, pas pour le silence dune académie de lecture. Il a une période, un rythme, beaucoup plus oral quécrit noublions pas que près de 90 % du roman est constitué de dialogues ! Enfin, il na pas été écrit pour être accompagné dun tas de notes en bas de page. Or, les traductions qui existaient jusque-là en faisaient un texte savant, érudit, quil fallait lire en allant sans cesse consulter des notes, comme pour une thèse universitaire ! Dun grand roman populaire de ce qui a été, il faut bien le dire, le premier best-seller de la littérature mondiale on faisait un roman délite. Le résultat, cest quon ne lisait plus Don Quichotte. Tout le monde connaît Don Quichotte, sait qui il est. La preuve, cest que cest devenu un nom commun. Don Quichotte est dans le Robert, comme Dulcinée ou Maritorne ! Mais plus personne ne savait véritablement qui il était, mis à part ce cliché de pourfendeur des moulins à vent. |
| Page Précédente |
|