Slovo

Collection dirigée par Hélène Châtelain et Catherine Perrel

 

Slovo : « mot », « parole » ; et avec une allitération, racine du mot « slave ».

Ainsi ceux qui parlent, écrivent, rêvent cette langue en seraient-ils étymologiquement, à une allitération près, les mots.

Et les mots y seraient donc pensant et agissant, au même titre que ceux qui les prononcent. L’un ne serait pas le parlé de l’autre, mais tous deux seraient à part entière, parlé et parlant en même temps.

Certains peuples, à leur origine, pour se désigner et naître à eux-mêmes, se sont nommés « hommes ». Le slave lui, se nomma mot. Et l’autre, du moins le plus proche, il l’appela « muet »…

Voulait-il signifier dans le champ de cette langue, qu’entre le mot et celui qui le prononce il y a dès l’origine fusion identitaire ?

Que le mot y serait non tant un assemblage de lettres (voyelles et consonnes, vocalises et constructions) qu’un être vivant, avec sa respiration, ses fatalités, son destin. Donc mortel – et pouvant donner vie, porteur d’hérédité, de maladies, apte à la folie, à la déviance, à la résurrection – et la reconnaissance des siens.

Il est des langues où le Verbe s’est fait chair, verticalité, flèche, épure. Ici, la chair s’est faite mot – sang, matière et souffle mêlés, et non dissociables sous peine d’amputation mortelle.

Est-ce pour cela que les aventures du langage (du slovo) y ont toujours – là-bas plus que nulle autre part – pris la forme de mutations-cataclysmes, d’exode, d’errance, d’épidémie, de rassemblement pèlerin, de quête de point d’eau, de traversée du désert. Car le mot, dans cette langue-steppe – où chaque vocable porte, visible et articulable, les strates de toutes ses migrations antérieures – fut, dès l’origine, porteur d’homme, plus peut-être que l’homme n’y fut porteur de mots.

Est-ce pour cela que l’aventure utopique fut – là plus que nulle autre part – question de mots ?

Suivre à la trace, de textes en textes, ces interrogations, c’est ce que, dans le cadre de cette collection de textes traduits du russe – slovo – nous voudrions tenter.
 
 
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