Abbés

Collection jaune

80 p.

10,14 €

ISBN : 2-86432-363-1

Parution : octobre 2002

« Toutes choses sont muables et proches de l’incertain. » L’ultime vers d’une chronique rapportée revient comme une antienne dans ces trois récits ardents, cruels, excessifs, qui évoquent autour de l’an mil les premières générations de bénédictins venus établir leurs monastères dans les îles et les marais de Vendée sous la haute vigilance de Cluny, dans un temps où christianisme et paganisme sont étroitement imbriqués.
Dans ce paysage où les éléments sont encore mêlés comme au premier jour de la Création, les œuvres, les signes, les passions et la grâce sont réversibles. La fraternité peut y nourrir le crime qu’est en mesure d’effacer l’apparition éblouissante d’une petite fille.
L’écriture de Michon se fait là plus dépouillée mais combien puissante à faire monter en gloire le plaisir absolu de la chair ou à précipiter dans une fureur désastreuse l’être qui tombe sous l’emprise du rien.
Et dans les dernières pages du livre, lorsque la relique du Baptiste s’avère n’être qu’un faux, entre deux jurons ou quelques bégaiements, on croit entendre les abbés dire les versets de l’Ecclésiaste où il est question de paroles et de vent.

 

Cet ouvrage a reçu, avec Corps du roi, le Prix Décembre 2002.

Extrait

Trente nuits de noce, ou plus. Quand Guillaume sous la robe a vu le cuir serré à cru, la peau fine de la taille écorchée, il s’est échauffé lui aussi. Sa chasse se poursuit dans la nuit, il traque et trouve, il laisse filer et ramène, il tient. Ils bondissent, ils s’effondrent – et non, ce ne sont pas ces poses grotesques qu’on dit à Cluny, ces gestes frénétiques que font les damnés, mais les gestes justes de l’hallali, de la mise à mort. Emma corne sa propre prise, elle la corne juste. Son corps est là et corne, il est là-bas aussi fait de pierres blanches qui miroitent sous la lune, de gros oiseaux y frappent du bec des oiseaux plus petits, les moines y chantent. Quand il l’étreint le soir elle entend complies, quand il la prend au petit jour c’est matines. La vie est un chant.
À la première lune d’hiver de nouveau les cottes grises et les peaux de loup, or çà maître, or çà, le sanglier. Le maître revient le soir suspendu par les pieds aux arçons, dégoulinant. Gaucelin excelle, il en ramène plus que tous, il veut qu’elle voie que cette débauche de cuirs entaillés et de soies sanglantes, c’est pour elle. On l’envie. Un soir au banquet Hugues, un compagnon de Gaucelin qui est resté là tout l’hiver et qui mange au bas bout, s’en prend à Gaucelin qui a estoqué un porc que lui-même, Hugues, avait cueilli au gîte. Ils ont beaucoup bu, on rit, et puis on ne rit plus : Hugues dit que Gaucelin n’est pas bon seulement pour prendre les bêtes que d’autres ont levées, que pour les femmes que d’autres ont débusquées, il est bon aussi. Il nomme la comtesse. Guillaume la fait lever et tenir devant lui. Elle est très droite et pâle, elle nie. Gaucelin ne dit rien. Guillaume le bannit. Il est en selle sous la lune, il va à la cour d’Anjou.
Le comte ne répudie pas Emma, parce que la maison de Blois est forte et tient dans sa pince la maison d’Anjou, pour d’autres raisons peut-être. Mais il ne la regarde plus.
Emma jusqu’à Noël dort seule, elle entend vigile et matines, elle porte jour et nuit la peau de porc serrée, elle pense à son pouvoir, elle garde son espérance.

Revue de presse

Zurban, 6 novembre 2002, par Fabienne Jacob

Ceci est mon corps

Il est grand temps de se le dire une fois pour toutes. On a en France un véritable auteur, un grand auteur. Tout le monde ne le sait pas encore. Un sacré gaillard grandi au trou du cul du centre de la France, étangs et bois hirsutes. Il porte un drôle... Lire la suite

L’Express, 31 octobre 2002, par Olivier Le Naire

Michon en majuscules

L’auteur des Vies minuscules – livre culte des années 1980 – revient avec Abbés, mais surtout Corps du roi, son ouvrage le plus intime. Rencontre.

Cinq ans de silence. Cinq ans que ses lecteurs assidus – amoureux de style et de profondeur – attendaient que Pierre Michon leur fasse signe. Les voici enfin récompensés de leur patience avec deux livres courts et... Lire la suite

Le Nouvel Observateur, 24 octobre 2002, par Didier Jacob

Pierre Michon : écrivain majuscule

Écrivain rare et secret, l’auteur de Vies minuscules publie un récit médiéval, Abbés, et un recueil d’essais sur Beckett, Flaubert, Faulkner et Hugo, Corps du roi. Entretien avec ce maître de la prose.

Une petite maison anonyme, en plein cœur de Nantes : au rez-de-chaussée, les jouets de sa petite fille font un décor de... Lire la suite

La Liberté, 19 octobre 2002, par A.F.

Et Pierre Michon fit l’éloge de la brièveté et des corps amoureux

Dans le paysage éclaté ou désolé de la littérature française actuelle, Pierre Michon est une voix, un style frappé du sceau de la classe. Voilà un écrivain qui revendique sans ambages l’intertextualité. Qui sait que tout texte trace sa voie dans le sillage... Lire la suite

Valeurs actuelles, 18 octobre 2002, par Bruno de Cessole

Des deux corps de l’écrivain

Dans un livre fameux Ernst Kantorowicz a formulé, à partir du cas exemplaire de Frédéric II de Hohenstaufen, sa théorie des deux corps du roi le corps mortel, sujet aux vicissitudes et aux injures de la vie, et le corps immortel, corps glorieux qui survit à l’enveloppe charnelle. Ce qui... Lire la suite

Le Point, 18 octobre 2002, par François Dufay

Le roi Michon

La littérature a ses faux dieux, et ses rois cachés. Salué récemment par le grand critique Jean-Pierre Richard, Pierre Michon appartient sans nul doute à cette seconde catégorie. Les deux petits livres qu’il publie ces jours-ci aux éditions Verdier ne font que confirmer cette souveraineté de plus en plus ébruitée.

Le premier, Abbés,... Lire la suite

Ouest France, 15 octobre 2002, par Daniel Morvan

Pierre Michon, le texte qui tue

Pierre Michon, qui vit à Nantes, est l’un des plus grands prosateurs français. Son œuvre dense, tendue, profondément originale, s’enrichit de deux nouveaux textes.

Pierre Michon, enfin : ainsi est-il convenu de saluer l’ouvrage nouveau d’un auteur rare. Et, aujourd’hui que la forme brève n’est plus signe de manque... Lire la suite

Le Courrier (Suisse), 12 octobre 2002, par Marc Van Dongen

Grandeur et misère de Pierre Michon, roi lettré, saccus merdae

L’auteur des légendaires Vies minuscules cède deux nouvelles raretés aux Éditions Verdier, Corps du roi et Abbés, qui précisent et enrichissent un des systèmes littéraires parmi les plus passionnants de ces vingt dernières années. Coup de projecteur sur une œuvre exigeante, dont l’aura et l’audience ne cessent de croître.

Pierre... Lire la suite

La Croix, 10 octobre 2002, par Nathalie Crom

Michon entre le texte et l’apparence

L’auteur des Vies minuscules est de retour, à travers deux livres brefs et intenses.

Voilà quelque temps déjà qu’on était sans nouvelles de Pierre Michon. Cinq ans, depuis les Mythologies d’hiver et Trois auteurs, ses précédents ouvrages. L’écrivain a dit un jour que la forme brève était sa « mesure organique ». C’est donc avec... Lire la suite

Libération, Cahier livres, 10 octobre 2002, par Jean-Baptiste Harang

Michon accompli

Avec Abbés et Corps du roi, Michon poursuit son autobiographie du genre humain, en huit nouvelles petites touches parfaites.

Le 11 septembre 2001, un événement a bouleversé la vie de Pierre Michon : ce jour-là, à Mourioux dans la Creuse, il suit l’enterrement d’Andrée Gayaudon. On peut même dire qu’il le précède, depuis quatre jours qu’elle a... Lire la suite

Le Temps, 5 octobre 2002, par Isabelle Martin

 Michon fait revivre les peurs de l’An mil

Anges ou démons ? Les passions flambent dans les trois récits d’Abbés, inspirés d’anciennes chroniques du monachisme en Vendée. Et dans Corps du roi, c’est à nouveau de l’écriture qu’il est question, superbement.

Né en 1945 dans la Creuse, fils d’un couple d’instituteurs, Pierre Michon est un grand... Lire la suite

Livres hebdo, 20 septembre 2002, par Jean-Maurice de Montremy

L’an mil selon Michon

Cinq ans de silence. Pierre Michon revient. Il relate dans Abbés l’envoûtante chronique des solitudes de l’an mil. Et tient dans Corps du roi sa propre chronique intérieure, dense et poétique. Deux réussites.

Dans Mythologies d’hiver (1997), Pierre Michon évoquait ces moines d’Irlande qui parcoururent les solitudes d’Europe aux temps mérovingiens. L’écrivain visitait... Lire la suite

Radio et télévision