accident
Accident

Chaoïd

288 p.

18,77 €

ISBN : 978-2-86432-562-8

Parution : janvier 2009

Il s’appelle Sam, il traduit Shakespeare. Laura l’a quitté en lui laissant six mots qui sont six coups reçus en pleine poitrine.

Il se trouve dans le « virage des morts », le virage de l’accident mythique. Il se demande ce qu’il fait là. Il regarde la carcasse de l’Audi. Il regarde sa main. C’est vrai qu’il a giflé Anna. Puis la gifle lui revient comme un boomerang : Baba voudrait que Sam écrive l’histoire secrète de sa vie, celle des deux familles, celle de Léo, celle de l’accident. Voici Sam métamorphosé en Hamlet, chargé de faire éclater la vérité.

Extrait

À présent cette continuité presque trop belle me posait problème. J’avais le sentiment désagréable de m’être lentement laissé enfermer dans le théâtre de Baba. Depuis une semaine, j’avais passé des heures à réécouter en boucle les bandes numéro huit et neuf, cherchant à recomposer derrière la mise en scène du passé une hypothétique « vérité du récit ». Mais l’enchevêtrement des référents réels et imaginaires – ou si l’on préfère, concernant une imagination comme la mienne, réels et shakespeariens – me donnait l’impression d’observer les faits dans la lunette d’un appareil d’optique déréglé, et cette vérité changeait sans cesse. D’une minute à l’autre, je pouvais voir dans le même acte du personnage l’invraisemblance significative d’un mensonge, une preuve de lâcheté ou un fait digne d’admiration, et la transcription des cassettes m’apparaissait en conséquence comme un casse-tête de plus en plus compliqué.

Je regardai mon cahier ouvert. Fin du septième chapitre. On y était. Rotation suspendue. Je pensai : « Demain, demain il faudra pourtant bien que tu attaques d’une façon ou d’une autre le huitième. »

La difficulté de la tâche se porta dans mes muscles. Soudain physiquement fatigué, j’allai m’étendre sur le divan. Je fermai les yeux. Des images affluaient. Des sortes d’efflorescences optiques du récit de Baba, envahissantes, fragiles. À chaque fois que je fermais les yeux ça se mettait à danser sous mes paupières. Un deuxième monde.

L’image de la petite fille couchée dans son fossé se présenta. Une image fixe glissant sur mes globes oculaires comme un phosphène, peut-être très différente de celle dont Baba avait dit « Elle est gravée là (pointant du doigt son crâne), jamais je pourrai oublier cette gosse, personne peut oublier une vision comme celle-là, c’est indélébile… », sans donner aucun détail de son apparence physique, excepté ses cheveux tressés, que j’imaginais bruns, et les taches sur sa robe, que je voyais blanche comme son visage et ses mains. Une blancheur spectrale, presque translucide. Elle disparaissait au bord du champ de ma vision pour reparaître aussitôt subitement à l’autre bord.

Puis cette remarque me revint : « On l’a jamais enterrée, cette gosse », qui me fit brusquement ouvrir les yeux sur la rosace du plafond. Sur la signification presque matérielle de cette phrase. J’avais pu l’entendre une bonne dizaine de fois, l’écrire de ma propre main. Mon esprit avait glissé dessus.

Il y avait pourtant là quelque chose de réel. Je percevais soudain, derrière le romantisme caricatural du suicide et des conséquences du suicide de Jeannot, la réalité concrète et triviale de ce corps humain laissé sans sépulture, abandonné aux mouches et à sa pourriture. Derrière l’idée sentimentale du Mal invisible libéré par l’explosion de la mine, les suppurations malodorantes libérées par tous les orifices du cadavre. Je me répétais : «  Quelque chose de réel… » D’une réalité primordiale, inintelligible. Du tragique à l’état pur. « Indélébile », avait dit Baba. Un reste. Persistant et solitaire comme une pierre sur laquelle le destin trébuche.

Revue de presse

Fluctuat.net, 20 avril 2009, par Éric Vernay

Mon père, ce salaud

Sarah Streliski, à qui l’on doit Le Pli (2003) se met dans la peau d’un trentenaire hanté par Shakespeare, et soudain confronté à l’histoire tumultueuse de sa famille, qui s’étend sur trois générations de non-dits et de trahisons. Roman de la paternité, de la mémoire et de la transmission, Accident... Lire la suite

Mouvement, avril 2009, par Cédric Lagandré

Signifying noting

« Nous nous prêtons à nous-mêmes un caractère de nécessité », déplorait Georges Bataille, tant il lui semblait évident par ailleurs que, si nous sommes vivants, nous pourrions tout aussi bien être déjà morts. Le vertige de la contingence est peut-être par excellence l’expérience de la modernité, dont le présent, détaché du passé, flotte au... Lire la suite

Lyon capitale, 1er avril 2009

Samuel n’est pas au mieux de sa forme, il sort à peine de l’hôpital psychiatrique, sa copine vient de le quitter et son grand-père Baba, personnage des plus fantasques, a élu domicile chez lui en son absence. L’occasion pour Sam d’en découvrir un peu plus sur son passé familial… A priori rien de bien original... Lire la suite

Ouest France (édition d’Angers), 26 mars 2009

Dans son deuxième roman, l’Angevine Sarah Streliski tente de dénouer les fils d’une histoire familiale secrète.

Comment vous est venue l’envie d’écrire ?

Ça m’a pris un jour, à Marseille, où j’enseignais, après avoir obtenu mon Capes. L’enseignement n’était pas une vocation : nommée à Paris, j’ai rapidement démissionné. Écrire, c’était devenu une urgence, j’avais... Lire la suite

La Marseillaise, 15 mars 2009, par Claudine Galéa

Shakespearien

Découverte. Histoires de famille et histoire française tissent un scénario virtuose, dans le roman de Sarah Streliski.

Samuel est encore bébé, quand son père, Léonard, rate un virage et envoie leur Audi valdinguer, une voiture allemande et rouge, ce n’est pas anodin ainsi que le montrera la suite du livre. Ils sont là... Lire la suite

Le Magazine littéraire, mars 2009, par Victor Pouchet

Comment une trahison a eu, a, ou aura lieu, à quel moment et pourquoi ? » C’est à partir de cette question propre aux tragédies shakespeariennes que se déploie le deuxième roman de Sarah Streliski. Sam, le narrateur d’Accident, traduit Shakespeare justement. Il est aussi chargé d’écrire l’histoire de son grand‑père Baba qui lui dicte ses mémoires.... Lire la suite

Jerusalem Post, 17 février 2009, par Anne-Laure Jourdain

Souffrance rêveuse et rêves morts

« C’est le jeune jobard que j’étais à trente ans, c’est sur moi que tombe le filet de nœuds coulants, comme si les malheurs de la guerre ça n’avait pas suffi, et plus tu te débats, et plus tu résistes, plus tu te retrouves piégé et pour finir haï par tes... Lire la suite

Ouest France, 6 février 2009, par Martine Sabourault

Après Le Pli, Sarah Streliski, née à Angers en 1973, vient d’écrire Accident. Le roman déroule des séquences d’un film qui pourrait être qualifié d’autofiction, mais qui s’en émancipe avec humour.

Comment est née l’idée de ce roman dans lequel Sam, traducteur de Shakespeare un peu perdu, se trouve obligé d’héberger un grand-père paria... Lire la suite

Technikart, février 2009, par Julien Bisson

[…] Sarah Streliski. Auteure d’un premier roman paru dans le quasi-anonymat en 2003 chez Gallimard (Le Pli), cette Parisienne de 35 ans a, depuis, rebondi chez Verdier grâce au bon flair des frangins Ruffel (directeurs de la collection « Chaoïd »). Avec Accident, elle livre un récit ensorcelant, qui jongle entre les époques et les narrateurs sans... Lire la suite

Livres hebdo, 28 novembre 2008, par Jean-Maurice de Montrémy

L’Audi perchée

Quitté par Laura, revenu d’un institut psychiatrique, Sam retrouve chez lui son grand-père, en fugue.

L’Audi rouge familiale manque le virage et, miraculeusement, se retrouve perchée au-dessus du ravin, retenue par un acacia. Tel est le souvenir fondateur de Sam – souvenir qu’il retrouve lorsqu’on l’interne dans un institut psychiatrique (« maison de repos », préfère... Lire la suite

Radio et télévision

« Dans quelle éta-gère », par Monique Atlan, France 2, 26 janvier 2009