c_etait_toute_une_vie
C’était toute une vie

Collection jaune

144 p.

11,66 €

ISBN : 978-2-86432-225-2

Parution : septembre 1995

Une petite ville dans laquelle deux ans durant, on va une fois par semaine. Les gens et leurs visages, les paroles qu’on a reçues, et la ville elle-même, dans son trou de montagne : la terre, des usines mortes, des maisons sans toit.
Ce qui force à écrire, c’est que les mots qu’on a reçus n’auront peut-être pas d’autre mémoire, et qu’ils vous hantent : un dépôt trop lourd. De ces visages qu’on a connus, l’un a disparu. Maintenant, c’est par cette mémoire d’une jeune morte que toute la ville vous apparaît : ce qui se joue ici, dans la petite ville, c’est bien plus qu’un fragment du monde, mais toutes ses tensions rassemblées.
Alors ce livre n’est plus ce « journal » qu’on projetait, mais bien le choc et l’émotion où on a été, à connaître ces visages et recueillir ces mots. Et c’est à la fiction d’en organiser les images, au nom de cette mémoire.

Extrait

On avait ce tutoiement.
Elle avait explicitement écrit : « jai des choses tres importante a te communiquer et je voudrais que tu larrange afin que ce soit lisable. »
On peut marcher jusqu’au fond de l’abîme, et les difficultés au bout du compte l’emporter sur vous-même. Alors une vie n’est pas seulement la somme de témoignages contradictoires, mais un très grand silence, sur ce qui apparaît comme une solitude complexe : à chacun de nous elle présentait un visage, et la somme de ces visages ne suffit pas à la reconstruire.
Elle avait écrit : « si j’en parle et si je reagie. c’est que jai vue de mes yeux la soufrance des pauvres qui n’avait que cette alternative pour ne plus penser ni au chomage ni cest Stage a la con qui font Baiser le taux de chômeur. allez demander au jeune lodevois leur revenue paye au RMI. pour ne pas souffrir. » On est dans une petite ville ordinaire, n’importe laquelle, et le bilan du gâchis de tout un âge est terrible. C’est cela qu’il faut voir, comme voient les peintres. Partir alors à la rencontre de ce visage est une tâche qu’on a pu percevoir comme ne laissant pas répit de s’y soustraire.
Elle avait écrit : « je ne laisserai pas faire ceux qui ce graisse les poches sur nous. les crêves la dalle. a cest jolie lodeve. cest devenu pire qu’une poubelle de Malheureux qui vont comme moi Bouffer des yaourts perimes. si tu pleure un secours si non tu crêve de faim et tu fait semblant davoir le sourire. pourquoi faut il que les jeunes de toutes nationalites Brises les vitres. Reponces. frigo vide la deche. »
Elle avait écrit : « l’heroine pour plus rien voir avoir le vide dans la tête piquer du nez pour se sentir bien. oublier être amnesique car cest trop dur. puis il y a la contrainte le manque la souffrance physique le sang qui le demande. pourquoi il ny personnes qui explique que cest jeunes de 18 ans vont crever. juste pour oublier. »
Elle avait écrit : « jai mal pour ma ville pour ce qui me disent Bonjour. avec la Tête Basses. et les yeux qui explosent de cette dope qui nous prend tant. »
Elle avait écrit : « des femmes qui ont a charge plusieurs enfants et qui de plus n’ont pas demander â naitre. pourquoi il marche avec des Soulier Troues. et dautres des adidas au des marque. injustice avant de crever. je ferrais du mal pour le mal que la ville souffre.

Revue de presse

Télérama, 27 septembre 1995, par Michèle Gazier

[…] Dans son atelier [d’écriture], il y avait une jeune femme fantasque et insoumise, qui est morte d’une overdose en laissant des enfants. Drame presque ordinaire, de ceux qui suscitent quelques lignes dans le journal local. Qui était-elle ? En se promenant à travers la ville plongée dans sa torpeur, à l’écoute de cette marginale ou... Lire la suite

L’Humanité, 1er septembre 1995, par Jean-Claude Lebrun

Des mots qui émergent de ces plongées solitaires, suscitées par l’écrivain (« les emmener au plus obscur de là où naît le langage, hors de toute convention et partage ») se dégage la forme d’un monde terriblement meurtri, mais non sans ressources, pour qui a appris à voir […] Pourtant le malheur se donne ici pour ordinaire […].

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Le Monde, 6 octobre 1995, par Pierre Lepape

[…] Il ne s’agit pas d’enseigner à des adolescents ou à des adultes la manière de « bien » écrire, dans l’espoir un jour de devenir des écrivains « professionnels ». L’affaire est autrement plus sérieuse. Plus sérieuse même que la simple volonté de donner la parole à ceux qui sont nés du mauvais côté du monde et que... Lire la suite