Dame en rouge sur fond gris

Otra memoria

Traduit par Dominique Blanc

128 p.

12,98 €

ISBN : 978-2-86432-285-6

Parution : février 1998

Dame en rouge sur fond gris est un admirable portrait de la femme aimée que la maladie a trop tôt enlevée à l’affection de l’époux désemparé.

Le narrateur est un peintre célèbre dont le désespoir a tari la créativité. La pudeur de la transposition ne peut faire oublier le drame vécu par l’écrivain confronté à la mort d’Ángeles, la mère de ses sept enfants.

Le récit, à la fois hommage et exorcisme, est mené sur le mode chuchoté de la confidence à l’une de ses filles. Ce long monologue, classique dans sa retenue, bouleversant par la délicatesse du trait, évoque le mystère d’un être dont l’éclat, la beauté, l’élégance morale, illumine l’existence de ses proches, transforme la grisaille des jours – et jusqu’au goût âcre de la maladie – en d’inépuisables leçons de vie.

Extrait

Ses cheveux étaient pour moi une chose tellement essentielle que j’ai retardé leur sacrifice jusqu’au dernier moment. Alicia nous a accompagnés et sa coiffeuse, dont elle m’avait parlé comme d’une fille irresponsable, a pris soin de sa tête avec une sollicitude extrême. Je ne sais si ma présence l’intimidait, mais elle n’osait pas parler. Elle se contentait de répondre à ta mère par monosyllabes et une fois que ta sœur s’est assise près du balcon et a ouvert une revue, elle s’est enfermée dans un mutisme complet. Moi, je la regardais faire, appuyé au montant de la porte, sans me résoudre à entrer. Nous essayions tous de donner un air de geste quotidien à ce rituel, alors qu’à la vérité la tension était telle que l’on aurait cru assister aux préparatifs de sa décapitation. La fille a soulevé timidement les cheveux de la nuque : Je coupe ici. Ses yeux brillaient quand ta mère lui a donné courage : Coupe, ne t’inquiète pas. Elle a donné le premier coup de ciseaux et dans le silence de la petite pièce a résonné le léger impact de la mèche au contact du parquet. Ta mère serrait sur sa poitrine la perruque qu’elle avait achetée la veille. Elle l’avait essayée des douzaines de fois à la maison : les unes sur le front, les autres enfoncée sur la nuque ; comme une calotte, ensuite. À chaque fois, elle accompagnait l’essayage d’un commentaire ironique et elle contrefaisait quelqu’un. Tu veux bien me peigner cette perruque ? Tout à coup, elle a dit : Elle est horrible, d’une seule pièce, comme un casque, je ne peux pas la supporter. La fille séparait les mèches de cheveux et plaçait les ciseaux à leur base. Inopinément, elle a levé une main et interrompu l’opération. Elle m’a dit : Pourquoi tu n’irais pas faire un tour ? On n’a pas besoin de toi ici. Comment pourrais-je te laisser seule ? Je jouais les indispensables, le rôle de l’homme fort. Elle a ajouté : Alicia est là pour me tenir compagnie, ça me suffit. Je me suis empressé de déserter. Je me suis senti excusé et j’ai fui, j’ai descendu les escaliers quatre à quatre, sans me soucier de l’ascenseur.

Revue de presse

Libération, 12 mars 1998, par Jean-Baptiste Harang

Deux traductions dont le récit autobiographique est sans complaisance, par un artiste à sa fille, de la perte de sa femme aimée.

On s’apprêtait à rouscailler contre les éditions Verdier, comme on le fit naguère lors de la parution du dernier livre de Delibes (Le Fou, Libération, 21 décembre 1995), à raison qu’on trouve bizarre... Lire la suite

Le Monde, 20 février 1998, par Pierre Lepape

En littérature, les dates ont aussi parfois leur importance. Entre les trois grands anciens des lettres espagnoles, par exemple, il n’y a que dix ans d’écart. Le plus âgé, Gonzalo Torrente Ballester est né en 1910. Le Prix Nobel 1989, Camilo José Cela, a vu le jour en Galice en 1916. Miguel Delibes, enfin, est... Lire la suite

Radio et télévision