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Danse avec Nathan Golshem

Chaoïd

192 p.

16,20 €

ISBN : 978-2-86432-665-6

Parution : janvier 2012

Tous les ans, à la première lune de l’automne, Djennifer Goranitzé se rend au bord de la mer, sur une immense décharge d’ordures où le corps de son mari a été jeté par les militaires. Elle se repose après les épreuves de son voyage qui a duré des semaines. Et ensuite, elle appelle son mari, Nathan Golshem. Elle l’appelle pendant des jours et des nuits, elle frappe la terre avec les pieds, avec des morceaux de ferraille, avec les mains, elle danse.

Elle construit pour eux deux une hutte avec des débris, pour qu’ils soient de nouveau ensemble, pour qu’une fois encore ils se retrouvent et partagent du temps amoureux, des souvenirs inventés et de la mémoire amoureuse.

Elle danse jusqu’au sang, jusqu’à ce que Nathan Golshem revienne du néant et s’allonge sous la hutte. Il n’y a personne sur la côte, seulement quelques chiens et des mouettes.

Très loin le chuchotement des vagues brise le silence. Djennifer Goranitzé et son mari ferment les yeux sous le ciel étoilé et, de nouveau, ils se parlent et ils plaisantent. Avec une bonne humeur qu’aucune lamentation ne vient contrarier, ils évoquent leurs camarades d’infortune, les combats constamment perdus, les martyrs, les déroutes, les crimes dont ils ont été témoins, victimes ou coupables. Ils rient, ils s’aiment, ils ne savent plus très bien à quel niveau de vérité ou de mensonge se situent leurs anecdotes terribles.

Ils échangent tout. Il n’y a plus entre eux ni mémoire, ni absence de mémoire. Seule persiste la danse des corps, des paroles et des morts en face de la nuit. Seule cette obstination de l’amour : la danse de l’éternel retour.

Extrait

Djennifer Goranitzé, une des reines du dortoir ouest, se rendait chaque année de l’autre côté de la frontière. Le voyage était difficile et souvent Djennifer Goranitzé risquait sa vie dans l’entreprise. Elle serrait les dents, elle se battait contre l’adversité, elle avançait coûte que coûte, et, pour finir, elle atteignait le désert côtier et elle commençait à marcher sur la route qui longeait et dominait la mer. Le paysage était d’une beauté à couper le souffle, et elle s’arrêtait de temps en temps pour l’admirer, mais son émotion n’était pas celle d’une touriste en quête d’images, pas du tout, non. Djennifer Goranitzé n’était pas partie en promenade, elle allait accomplir son devoir conjugal.

Son devoir conjugal. Elle allait l’accomplir.

Elle allait en pèlerinage sur la tombe de Nathan Golshem, avec qui elle avait été mariée pendant vingt ans.

Revue de presse

Charybde 27 : le blog, 9 novembre 2015, par Marianne Loing

La danse et l’amour, plus forts que la défaite

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CCP, mars 2013, par Sébastien Hoët

Comme il est connu, Lutz Bassmann est un hétéronyme (comme dirait Pessoa) d’Antoine Volodine qui, depuis au moins Des anges mineurs, publié en 1999, nous propose des livres étranges, étrangement beaux, constitués de « narrats » – fragments de fiction qui, combinés, laissent entrevoir un monde cohérent même si aperçu par bribes. Nous retrouvons ici ce monde ruineux où... Lire la suite

Le Temps, 30 juin 2012, par Isabelle Rüf

Les chemins de mots, sur lesquels Antoine Volodine aime égarer ses lecteurs, mènent cette fois au cœur d’un monde de ruines

Sous les noms de Manuela Draeger et de Lutz Bassmann, Antoine Volodine propose deux nouveaux livres à l’obscure drôlerie et à la beauté poignante qui enrichissent sa grande épopée de l’échec.

Dans la bibliothèque,... Lire la suite

L’Humanité, 3 mai 2012, par Alain Nicolas

Volodine et les vaincus qui chantent

Dans un monde de cauchemar où les révolutionnaires ont été écrasés, une littérature est née, au fil des siècles dans les camps, les refuges clandestins. Place à ses auteurs.

Toutes les douze ou treize lunes, Djennifer Goranidzé entreprend un voyage vers la tombe de son mari, Nathan Golshem.... Lire la suite

Le Matricule des anges, mars 2012, par Benoît Legemble

Après le monde

Sur l’air occulte d’une fugue de mort, les amants déclassés de Lutz Bassmann jouent leur survie par le rite et la transe.

On saura peu de chose de l’ennemi, ici. Il est à l’image de l’auteur, ainsi que Flaubert l’entendait : présent partout mais visible nulle part. Comme si l’œuvre trouvait... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 15 février 2012, par Hugo Pradelle

Un roman barbare et envoûtant

Un roman bref et envoûtant qui rassemble les enjeux du grand projet post-exotique, faisant comme trembler des voix face au chaos d’un monde inhumain, et célèbre la grandeur complexe et ironique de la résistance.

Lorsque l’humanité proprement se défait, que les êtres s’effritent, achoppant à leur néant intérieur, leurs... Lire la suite

Le blog de l’Ecole des lettres, 28 février 2012, par Norbert Czarny

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Le Magazine littéraire, février 2012, par Jean-Baptiste Harang

Les esprits de Volodine

En 1998, Antoine Volodine publia un manifeste (Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, éd. Gallimard), où, pour faire rire et inquiéter, pour narguer la postérité et embobiner le chaland, il invente un mode et un monde dit « post-exotique », peuplé d’une ribambelle de citoyens improbables, à demi survivants, qu’il réveille... Lire la suite

La Chronique littéraire du mutualiste, février 2012, par Dominique Ruffin

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Télérama, 11 janvier 2012, par Nathalie Crom

Danse avec Nathan Golshem

Chaque année, Djennifer Goranitzé prend la route. À présent que l’homme qu’elle aime n’est plus de ce monde, il faut à Djennifer Goranitzé se rendre régulièrement en pèlerinage vers l’humble sépulcre – un monticule de pierres sous lequel ne repose même pas la dépouille du disparu ; à sa place, quelques os d’animaux, chèvre,... Lire la suite

Marianne, 7 janvier 2012, par Marin de Viry

Spartacus dans un dépotoir

La fin du monde vue par Antoine Volodine qui, sous le pseudonyme de Lutz Bassmann, livre en cette rentrée une impressionnante fiction à la Orwell.

La civilisation n’est même plus un lointain souvenir dans le monde futur décrit par Lutz Bassmann (un des noms de plume d’Antoine Volodine) : il en... Lire la suite

Le Monde des livres, 6 janvier 2012, par Éric Chevillard

L’humour du désastre

Depuis plus de vingt-cinq ans maintenant, la littérature post-exotique enfonce son coin dans notre monde pré-apocalyptique. Son représentant le plus illustre, le seul dont le visage nous soit connu, se nomme possiblement Antoine Volodine. Les livres de ce collectif d’écrivains nous viennent peut-être de l’avenir ou d’un repli caché de notre temps... Lire la suite

Livres hebdo, 16 décembre 2011, par V. R.

J’irai danser sur vos tombes

Danser sur la tombe de combattants défaits pour les faire revenir d’entre les morts, la nouvelle fiction du désastre de Lutz Bassmann-Volodine.

Parmi les membres du « post-exotisme », aux côtés de Manuela Draeger et Elli Kronauer, Lutz Bassmann est une voix brutale, une voix qui « se confronte plus rudement à... Lire la suite

Technikart, décembre 2011, par Étienne Ducroc

Highway to hell

Et si les écrivains français devenaient les maîtres du roman post-apocalyptique ? Balayé par la pluie et le vent, Danse avec Nathan Golshem – le dernier livre de Lutz Bassmann – reprend tous les codes du genre avec une noirceur étouffante. Dans un futur proche, les hommes ont été chassés par… d’autres hommes. Cet auteur au... Lire la suite

Radio et télévision

Chronique culturelle de Christine Simeone dans le Journal de 18h, France Inter, lundi 7 février 2012