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Dossier de l’attentat

Otra memoria

Roman. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Marie Córdoba

192 p.

15,72 €

ISBN : 978-2-86432-569-7

Parution : février 2009

Qui a voulu tuer Porfirio Díaz : un fou, un ivrogne, un anarchiste ? Le saura-t-on jamais, puisque l’agresseur, Arnulfo Arroyo, est mort quelques heures plus tard lynché dans les locaux de la police. Mais qui l’a éliminé ? La foule en colère – comme on veut le faire croire – ou un groupe de sbires ? Et dans ce cas, quelle est la main secrète qui a armé les tueurs ? D’ailleurs, au final, a-t-on vraiment voulu assassiner le président ou s’agit-il d’une manipulation qui a échappé à ses propres instigateurs ? Mille questions agitent la société mexicaine en ce dernier trimestre de l’année 1897, après l’attentat raté qui a marqué le défilé du jour de l’Indépendance… Dossier de l’attentat, inspiré d’un événement réel, permet à Álvaro Uribe de composer une intrigue politico-policière haletante qui portraiture avec brio la vie à Mexico entre deux siècles, dans un voyage qui part de la plus grossière des cantinas, où on boit comme on respire, pour aboutir au palais présidentiel. Chronique qui met à jour l’opacité manœuvrière entourant le régime de Porfirio Díaz, le roman évoque aussi clairement, en manière d’apologue, le Mexique au présent : l’enchevêtrement des réseaux de pouvoir, le rôle de la presse, l’action de la police et le poids de la raison d’État.

Extrait

Il se serait contenté de sentir ses jambes et son dos s’étirer dans cette confortable position. Mais Antonio Milanés n’avait pas fini d’alléger les conditions de son emprisonnement et il versait maintenant dans un verre transparent le contenu incolore d’une carafe. Pendant que son bienfaiteur l’aidait à se redresser pour lui donner à boire comme à un malade, Arnulfo Arroyo désira brièvement sentir dans sa bouche le goût âpre de l’alcool. À son grand étonnement, il trouva aussi agréable, voire plus, que le liquide frais qui humidifiait son bâillon et coulait dans sa gorge fût simplement de l’eau.
Antonio Milanés poussa la bienveillance jusqu’à lui offrir une cigarette, l’allumer lui-même avec le briquet qu’il avait dans une poche et la lui tenir entre les lèvres chaque fois qu’il aspirait. Gêné par la corde qu’il mâchait avec impuissance, Arnulfo Arroyo fuma avec délectation. Il était littéralement ému jusqu’aux larmes. Quand il sentit qu’il ne pourrait plus les contenir, il simula une violente quinte de toux. Il ne voulait pas donner à Milanés la moindre raison de croire que c’était le repentir, ou pire encore la peur, qui le faisait pleurer.
Il secoua la tête et remua les lèvres derrière son bâillon pour demander une autre cigarette, puis une troisième. Tous deux fumèrent en silence pendant un bon moment. Quand douze coups sonnèrent à la cathédrale voisine, Antonio Milanés baissa la mèche de la seule lampe qui était encore allumée jusqu’à réduire la lumière de moitié. À travers la fumée qui augmentait la pénombre du salon, Arnulfo Arroyo crut voir que l’autre gendarme, assis contre le mur alors qu’il y avait plusieurs fauteuils, semblait somnoler. Son ami avait également dû remarquer que personne ne les voyait ni ne les entendait, car il osa alors lui adresser la parole.
— La vie est drôlement faite, dit Antonio Milanés dans un murmure à peine audible. Tu as toujours été le meilleur de nous deux. Le plus beau. Le plus intelligent. Celui que tout le monde préférait. Et regarde où tu en es aujourd’hui. Moi j’étais le laid. Le niais. Le mal-aimé. Et voilà que maintenant, ta vie vaut moins que la mienne.
Arnulfo Arroyo, bien qu’engoncé dans la camisole de force, réussit à hausser les épaules pour admettre avec philosophie qu’en effet la vie était drôlement faite.
— Qu’est-ce qui t’est arrivé, Fito ?, poursuivit Antonio Milanés, utilisant ce diminutif qu’Arroyo détestait. Comment est-ce que tu as pu vouloir faire du mal à monsieur le président ? Tu imagines ce que deviendrait ce pauvre pays sans lui ?
À moitié assis pour faire face à Antonio Milanés, Arnulfo Arroyo essaya de lui dire que Porfirio Díaz méritait mille fois la mort. Il essaya de lui dire que le Mexique devait apprendre à vivre sans caudillos. Il essaya de lui dire que tôt ou tard quelqu’un d’autre viendrait terminer ce que lui avait commencé. Mais le bâillon, même distendu, l’empêchait de parler clairement.
Arroyo essayait de faire comprendre ses balbutiements inintelligibles quand Milanés, lui couvrant la bouche d’une main énergique, l’obligea à se taire. Tous deux se tournèrent en même temps vers la porte des bureaux de l’hôtel de ville, qui s’ouvrit brutalement dans un fracas de vitres cassées. Tout de suite après, on entendit une voix véhémente :
— C’est par ici, les gars. Vite !
Entre les jambes d’Antonio Milanés, qui s’était redressé d’un bond, Arnulfo Arroyo vit plusieurs hommes entrer à la hâte. Ils devaient être six, peut-être bien sept, même si le tumulte faussait les comptes. Mais tous avaient le bas du visage caché par un foulard qui ne découvrait que leurs yeux. Ils portaient tous des chapeaux enfoncés jusqu’aux sourcils. Ils étaient habillés de vêtements civils tout ce qu’il y a de plus banal. Et comme le devina Arroyo dans la pénombre alors qu’il s’appuyait sur le bras d’un fauteuil pour se mettre debout, ils brandissaient tous des couteaux : de grossiers couteaux de cuisine sur les lames desquels se reflétait la faible lumière de la seule lampe allumée.

Revue de presse

Études, juillet 2009, par Christophe Henning

« Voilà ce que racontent les gens bien informés, mais ils sont les seuls à connaître leurs sources, et nous, les autres, nous ne sommes pas en mesure de les contredire… » Le ton est donné : dans ce dossier imaginaire d’un fait historique, les avis sont partagés et les témoignages pas forcément concordants. Une chose est sûre :... Lire la suite

L’Humanité, 19 mars 2009, par Alain Nicolas

Cadavre exquis pour une fin de siècle

Partant d’un attentat manqué contre Porfirio Díaz, Álvaro Uribe révèle toutes les manipulations et les perversités d’un pouvoir à bout de course.

La nuit du 15 au 16 septembre 1897 fut pour nombre de Mexicains une nuit de fête et de beuveries. Il en allait ainsi chaque année,... Lire la suite

La Croix, 12 mars 2009

Lors du défilé du Jour de l’Indépendance, ce 16 septembre 1897, un homme a tenté d’assassiner Porfirio Díaz, le caudillo au pouvoir depuis plus de vingt ans, et qui le restera jusqu’à son exil en 1911. L’attentat échoue, mais puisque l’homme qui semble avoir agi sous l’emprise de la boisson est immédiatement emprisonné puis tué par... Lire la suite

La Lettre du libraire, 12 mars 2009

Le 16 septembre 1897 se déroule une tentative d’assassinat contre le dictateur mexicain Porfirio Díaz. L’agresseur est maîtrisé et, selon le vœu du président, livré à la justice. « Justice » sera faite puisque l’agresseur est lynché quelques heures après son arrestation. Álvaro Uribe décrit avec une grande méticulosité la terreur qui règne dans ce régime et... Lire la suite

Page des libraires, mars 2009, par François Reynaud, Librairie Lucioles (Vienne)

Les coulisses du pouvoir

Après L’Atelier du temps, Prix Antonin-Artaud 2004, Álvaro Uribe nous livre un roman riche et fascinant dont le point de départ est un événement réel.

Novembre 1897. Le président de la République Porfirio Díaz échappe à une tentative d’assassinat perpétrée par un jeune homme en état d’ébriété avancée. Aussitôt maîtrisé,... Lire la suite

Le Magazine littéraire, mars 2009, par Pierre Assouline

La nouvelle garde, état des troupes

[…]   C’est Álvaro Uribe (1953) dont le fascinant roman Dossier de l’attentat intègre le théâtre, la correspondance, les rapports de police, le reportage, le journal intime… Pourquoi Arnulfo Arroyo a-t-il fait le pari de tuer le président Porfirio Díaz ? Pourquoi a-t-il vainement essayé de le tuer en lui sautant... Lire la suite

Livres hebdo, 30 janvier 2009, par Jean-Maurice de Montremy

Raconteur respectable

Álvaro Uribe sera l’atout mexicain de Verdier au Salon du livre de Paris. Cet ancien diplomate éprouve pour l’histoire contemporaine une fascination d’archéologue.

Il n’existe aucun rapport entre l’écrivain Álvaro Uribe (né en 1953) et le président colombien, récemment mis en vedette par la libération d’Ingrid Betancourt. Simple homonymie. En revanche, il... Lire la suite

Radio et télévision

« Le Choix des livres », par Céline Geoffroy, France Culture, vendredi 20 mars 2009 à 20 h 50.
« Un livre, un jour », par Olivier Barrot, France Culture, mardi 17 mars 2009 à 17 h 25.
« La Fabrique de l’histoire », par Emmanuel Laurentin, France Culture, vendredi 6 mars 2009 à 9 h 05.