Verdier/poche

Théâtre. Traduit de l’allemand par Daniel Hurstel

96 p.

6,09 €

ISBN : 978-2-86432-608-3

Parution : mars 2010

Jedermann, l’Homme, voit venir à l’improviste sa dernière heure : comment l’emploiera-t-il pour mettre de l’ordre dans le désordre de sa vie ?
Sur cette idée simple, inspirée d’une « moralité » anglaise du Moyen Âge qu’il a entièrement réécrite et enrichie de toute la tradition du drame baroque allemand, Hugo von Hofmann­sthal (1874-1929) a conçu ce qui est devenu, avec Électre (1903) et L’Homme difficile (1921), sa pièce la plus jouée. Créée à Berlin en 1911 sous un chapiteau de cirque par le célèbre metteur en scène Max Reinhardt, représentée chaque été à Salzbourg depuis 1920 (date de la fondation du Festival par Hofmannsthal, Richard Strauss et Max Reinhardt) et régu­lièrement donnée un peu partout aujourd’hui en Autriche et en Allemagne, sur des parvis de cathédrales ou d’églises, tant par des troupes professionnelles que par des amateurs, c’est l’une des pièces où le poète autrichien a mis le plus de lui-même tout en parvenant à une totale maîtrise du temps et de l’espace de la représentation.
La nouvelle traduction de Daniel Hurstel, en prose, s’attache à suivre au plus près les nuances de ce chef-d’œuvre. Elle a été conçue spécifiquement pour la scène et a remporté un grand succès lors de sa création en août 2007 avec Pierre Forest dans le rôle principal.

Extrait

LE MENEUR DE JEU. — À présent vous tous, prêtez l’oreille et soyez attentifs à la pièce qu’ils vont jouer devant vous. Elle est comme un jeu spirituel. La Convocation de l’Homme à comparaître est son titre. On vous y montrera la précarité des jours et des œuvres terrestres. Le thème en est beau et évident. L’étoffe en est riche, mais elle cache plus qu’elle ne montre. Que cela vous encourage à en rechercher le sens.

DIEU LE PÈRE (visible sur son trône, parle ; devant lui, la Mort ; à ses côtés, l’archange Michel). — Pour de vrai, je ne le supporterai pas plus longtemps. Toutes les créatures détournent de moi leurs cœurs de pierre ; ils ne me craignent plus ; ils vivent plus bestialement que les animaux. Le sens des choses spirituelles leur est devenu étranger. Noyés dans le péché, ils ne reconnaissent plus leur Dieu. Ils recherchent les seules richesses terrestres. De l’au-delà, ils se moquent. Je les regarde : ils ont oublié l’alliance que j’ai conclue avec eux quand, sur le bois, j’ai versé mon sang. Pour qu’ils obtiennent la vie, j’ai été pendu au bois du martyre. Je leur ai retiré les épines des pieds pour les porter en guise de couronne. Ce que je pouvais faire, je l’ai fait, et ils ne me voient pas. Je vais maintenant et sans délai juger l’Homme d’après sa part. Où es-tu, Mort, mon puissant messager ? Viens vers moi.

LA MORT. — Seigneur tout puissant, je suis ici, regarde-moi. Sur ton ordre, j’irai faire mon devoir.

DIEU LE PÈRE. — Va chez l’Homme et dis lui en mon nom qu’il commence son ultime voyage aujourd’hui même. Point de dérobade possible. Et dis-lui d’emporter son livre de comptes. Qu’il ne s’attende ni à report ni à hésitation de ma part.

LA MORT. — Seigneur, je vais parcourir le monde entier et m’imposer auprès de tous ceux, grands ou petits, qui, ne reconnaissant plus les lois de Dieu, vivent pire que des bêtes. Celui qui a donné son cœur aux biens de la terre, je le frapperai ; il cherchera sans succès l’entrée de ta maison, sauf si Bonté et Clémence, par amitié, lui prêtent main-forte.