La Mort d’Anton Webern
En un clin d’œil d’aveugle

Der Doppelgänger

Traduit de l’allemand (Autriche) par Uta Müller et Denis Denjean

96 p.

10,65 €

ISBN : 978-2-86432-326-6

Parution : octobre 2000

Le 13 septembre 1945, le compositeur autrichien Anton Webern, disciple et ami d’Arnold Schönberg et troisième grand représentant, avec Alban Berg, de l’École de Vienne, fut abattu froidement de trois coups de pistolet par un soldat américain, à Mittersill, dans les Alpes de Salzbourg. Il allait avoir soixante-deux ans. Le soldat, un cuisinier de l’armée américaine qui se livrait au marché noir et craignait d’être espionné, fut condamné à dix jours d’arrêts et renvoyé aux États-Unis.
S’adressant tour à tour au bourreau et à sa victime, Gert Jonke s’interroge sur cette mort absurde et pourtant, à sa façon, pleine de sens. À partir du récit plusieurs fois repris des derniers instants de la vie du compositeur, c’est toute la destinée de Webern qui est ici mise en perspective, une destinée où les mille difficultés de la vie quotidienne, auxquelles Gert Jonke consacre des pages d’un comique délirant, contrastent avec l’extrême exigence artistique qui, on le sait, ne lui permît guère de composer plus d’une trentaine d’œuvres. Il en résulte l’un des plus beaux hommages qu’un écrivain ait rendu à un compositeur.

 

Cet ouvrage a reçu le Prix du récit au Grand Prix des Muses 2001.

Extrait

Doucement, Raymond, doucement sur la bouteille, laisses-en donc un peu pour plus tard ! Un trafiquant de marché noir ne peut pas tituber ainsi au milieu de ses sales affaires, même si, comme c’est le cas pour toi maintenant, chaque pas que ta personne fait dans un sens ou dans l’autre peut désormais, et à chaque fois, être aussi bien le dernier, quoiqu’il te faille durer encore toute une décennie pour parvenir au terme de ta vie.
Sais-tu, Raymond Norwood Bell, tous les gens ou presque tous se font une idée complètement fausse de leur espérance de vie, et le plus souvent, quand se pose la question de la mort, ils considèrent tous, sans doute comme allant absolument de soi, qu’une fois arrivés au point final, une fois passés de « l’être » à « l’avoir été », tout devant eux devrait se raccourcir à toute allure ; mais cette conception, justement, est la plus fausse de toutes celles qui circulent à ce sujet. À certains, Raymond, il ne faut que dix minutes pour mourir, voire dix secondes, d’autres en revanche mettent dix ans : ceux-là commencent à mourir longtemps avant leur mort, ils restent suspendus à un point où leur vie s’est arrêtée et ne s’offre plus à eux, ils sont pris en un clin d’œil aveugle qui lentement se résorbe, comme par exemple dans la maison là-bas en face.

Revue de presse

L’Humanité, 26 octobre 2000, par François Mathieu

Écrivains en état de vigilance lucide

Trois romans d’Autrichiens pour comprendre, sortir des clichés danubiens et cesser aussi de voir les Autrichiens comme un peuple broyé « entre Hitler et Jésus Christ ».

Joseph Winkler se penche sur le monde paysan d’où il est issu, Gert Jonke évoque le destin d’Anton Webern et Robert Menasse celui d’un... Lire la suite

Livres hebdo, 6 octobre 2000, par Véronique Rossignol

L’Autriche résistante chez Verdier

Les éditions Verdier sortent simultanément trois romans autrichiens, trois écrivains, opposants déclarés à Jorg Haider. Un geste de solidarité politique.

L’Autriche, ce n’est pas Haider. Du moins pas que cela. Pour le prouver, les éditions Verdier font paraître simultanément les livres de trois écrivains autrichiens contemporains qui incarnent chacun... Lire la suite

Les Temps modernes, mars 2001, par Bernard Simeone

Devenir musique. Fantaisie autour de La Mort d’Anton Webern de Gert Jonke

Au cimetière de Mittersill, près de Salzbourg, une croix porte sur sa face postérieure des mots dont la fluidité contraste avec l’aspect plutôt massif de leur support : « Par nos yeux ouverts, la lumière s’écoule / dans le cœur et, devenue joie, par eux doucement reflue ». Ce... Lire la suite

Le Temps, 7 octobre 2000, par Isabelle Martin

Gert Jonke rend un vibrant hommage à Webern et à ses amis musiciens. S’il célèbre les compositeurs de l’École de Vienne, l’écrivain autrichien n’est guère tendre pour ses compatriotes, dont il dénonce avec force le conformisme musical.

Après L’École du virtuose et La Tête de George Frederic Haendel, ce nouveau récit traduit en français de l’écrivain autrichien Gert Jonke,... Lire la suite

Le Soir, 25 octobre 2000, par Pierre Mertens

Elle se rêve… Quoi ? La réalité !

Sur les derniers moments d’Anton Webern.

La musique creuse le ciel, disait superbement Baudelaire. Il peut donc sembler paradoxal de la paraphraser. En bonne logique, elle devrait interdire ou, au moins, décourager le commentaire. Tout attendre du silence pour la mettre en lumière…

Ce ne doit pas... Lire la suite

Le Point, 8 décembre 2000, par Michel Schneider

Destins de musiciens

Écrire sur la musique est impossible. Et pourtant, quand Léon Tolstoï ou Gert Jonke s’y exercent, l’émotion passe.

Gert Jonke est de ces auteurs pour qui la littérature est un pis-écrire, et qui auraient préféré composer une sonate que trente romans. Deux destins croisés, ici encore : celui qui est dans la... Lire la suite

Le Monde de la musique, novembre 2000

Musicien averti, le romancier joue sur l’imaginaire pour mieux cerner la vérité que dévoile le contrepoint d’une écriture savamment maîtrisée.

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La Quinzaine littéraire, 15 décembre 2000, par Nicole Casanova

Ce livre court contient tant de passé qu’il pourrait éclater, s’éparpiller dans tous les sens, n’était la rigueur mathématique de l’auteur qui ne laisse pas une syllabe échapper à son contrôle.

Étonnante fidélité d’une certaine Autriche à un certain filon de son passé. Comme si le lac du folklore niais, de la frivolité viennoise,... Lire la suite

Radio et télévision