La Souterraine

Chaoïd

160 p.

12,17 €

ISBN : 978-2-86432-445-4

Parution : septembre 2005

La Souterraine peut se lire comme l’accomplissement d’une promesse : « Nous avions juré de nous rappeler jusqu’à l’heure de notre mort – c’était la formule que j’avais répétée après elle – ce que ça fait d’être un enfant. »

Sur le chemin qui les ramène chaque dimanche de Lubersac, le village de la grand-mère, vers cette ville qui est la leur et « dont le nom est secret », Laurence et son frère, le narrateur, ont inventé, pour conjurer l’ennui et la nausée qui les assaillent en voiture, un jeu qui consiste à s’emparer de chaque détail du paysage en lui attribuant une histoire.

C’est ainsi que l’enfance se protège et s’oriente dans le brouillard des routes, de la peur, de la famille, de la géographie et de l’Histoire. Un soir d’hiver, sur l’écran de la vitre, ce brouillard que fend la voiture devient pour le frère et la sœur l’épaisseur même du langage. « S’engouffrer dans les mots », comme tout y invite dès lors, c’est explorer « l’intimité insituable des rêves » au risque de se perdre en retour dans ce qu’ils ont pour fonction de conjurer.

Extrait

Le moment venait où les récits finissaient par s’épuiser. Le silence se faisait. Quelqu’un confessait sa fatigue. Nous montions nous coucher, en veillant à ne pas faire de bruit pour ne pas risquer de réveiller ceux qui dormaient déjà. À peine Maman avait-elle éteint la lumière et quitté la pièce que Laurence me rejoignait sous les draps et me redisait sa certitude que c’était des ptérodactyles. Elle était persuadée que le passé tout entier était encore là, au fond de l’étang de Cherchaux, depuis les monstres préhistoriques jusqu’à la petite chienne de Mamie, Quinette, morte un soir d’hiver, écrasée par un chauffard. C’était là que l’on allait quand on mourait. Il suffirait d’avoir le cran d’y descendre pour retrouver tous ceux qu’avait emportés depuis le commencement des temps la navette des nuits et des jours. Ils demeurent tous ensemble sur les rives d’une mer souterraine aux eaux lourdes, luminescentes, dont la houle irrite les ténèbres de lueurs, du brasillement, des saccades de ces noctiluques qui venaient danser autour des caravelles, inquiétant l’œil des Grands Découvreurs. Du jour où l’oncle Raymond avait entrepris de nous apprendre à regarder le ciel, le prestige de l’étang de Cherchaux avait passé toute mesure. Rien n’avait retenu l’attention de Laurence comme le Big Crunch incidemment évoqué un soir, alors que nous admirions la Voie lactée et qu’elle nous apparaissait emportée par le mouvement d’un grand départ. Que l’on dût considérer comme probable un reflux de l’univers nous avait coupé le souffle. De comparaison en métaphore, à force de questions et de réponses embarrassées, le Big Crunch était apparu à Laurence comme l’instant où il faudrait qu’enfin le monde se débonde. Il serait aspiré tout entier. Rien n’échapperait : montagnes, mers et forêts, soleils, lunes et constellations ; l’univers, ses milliards de milliards de mondes, viendrait en tournoyant s’engouffrer, en un immense effondrement de formes, dans l’étroit goulot de l’étang de Cherchaux.

Revue de presse

Libération, 22 décembre 2005, par Jean-Baptiste Harang

Le songe d’une nuit d’hiver

Secrets d’enfance. Entre intimisme et féerie, un premier roman de Christophe Pradeau.

Les raisons qui nous poussent vers des livres dont on ne sait rien ne sont pas toujours raisonnables : un nom d’auteur qui ressemble à un autre et que l’on confond avec un troisième qui ne ressemble à... Lire la suite

Midi libre, 23 décembre 2005, par Jacky Vilacèque

Pradeau : magnifique retour en enfance

À l’aune du succès de librairie d’aujourd’hui, cet auteur, Christophe Pradeau – dont on ne sait rien – n’a rien à vendre. Pas d’enfance déplorable à confesser. Pas de traumatisme à psychanalyser. Pas de graveleuses turpitudes à déballer. Et, en plus, c’est un premier roman. Toutes circonstances difficilement admissibles.

Et pourtant, on tient à... Lire la suite

Lire, décembre 2005, par Baptiste Liger

Accélération

Les enfants savent occuper les trajets en voiture. Pas seulement en se chamaillant. Chaque dimanche, Laurence et son frère reviennent de chez leur grand-mère. Leur aïeule leur a raconté ses souvenirs tout l’après-midi. Et les gamins, des histoires plein la tête, se plaisent à revivre ces anecdotes, au retour. D’en imaginer d’autres, et de... Lire la suite

Topo, octobre-novembre 2005

À la rédaction, les bras nous en sont véritablement tombés. Premier roman rédigé par un jeune auteur né en 1971, La Souterraine est un récit diablement maîtrisé, dont le style étonnamment souple et dense autorise le lecteur à se plonger plusieurs fois dans la soie de la même phrase, afin de vérifier son plaisir. […]

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La Croix, 13 octobre 2005, par Jean-Maurice de Montremy

Christophe Pradeau écrit une histoire vieille comme la Corrèze

Souvenirs d’enfance, jeux et contes d’une grand-mère experte en anecdotes.

Dans la voiture, Laurence, la grande sœur, dort. Son frère, à côté d’elle, s’inquiète. Il fait nuit, très froid. Ils reviennent de Lubersac où leur grand-mère, comme d’habitude, a rendu le dimanche magique. Experte en... Lire la suite

La Montagne, 5 octobre 2005, par Robert Guinot

Christophe Pradeau enseigne la littérature à Paris XIII. Âgé de 34 ans, il publie son premier roman, La Souterraine, dont les pages constituent des errances à travers notre région, de Lubersac à Donzenac en passant par une ville non nommée, où vit la famille du narrateur.

Tout débute lors d’un hiver rigoureux qui n’est pas sans... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er octobre 2005, par Anne Thébaud

Dans ce premier roman, Christophe Pradeau s’attache à rendre l’enfance, avec ses peurs et les histoires que l’on se raconte pour échapper à la nausée des voyages en voiture. Sur le trajet du retour, suite à la visite dominicale chez la grand-mère à Lubersac, le narrateur fait resurgir du passé la complicité avec sa sœur... Lire la suite

Le Matricule des anges, septembre 2005, par Lise Beninca

Obscure enfance

Sur le trajet familier qui les ramène chaque dimanche de Lubersac, Laurence et son frère ont inventé un Jeu : ils scrutent chaque parcelle du parcours pour être à même de le reconnaître au détail près. Le soir du « Grand Brouillard la voiture se trouve enserrée dans une marée blanche qui fait vaciller leurs repères.... Lire la suite

Le Monde, 26 août 2005, par Xavier Houssin

Citadelles d’enfance

Chair de poule des souvenirs. Le premier roman de Christophe Pradeau.

Cela commence avec une brume insignifiante. Une opacité transparente juste accrochée aux herbes. Un mouillé à peine laiteux encore troué de soleil ras. Mais qui se répand par plaques et qui enfle. Inexorablement. Une blancheur molle s’installe peu à peu, envahissant... Lire la suite

Critique, mars 2008, par Jean-Pierre Richard

Un romancier de l’informité

Quiconque s’est plongé dans la lecture du (premier) roman de Christophe Pradeau, La Souterraine, y a sans nul doute été saisi par la puissance d’une rêverie majeure, obsédante, vécue selon des modalités diverses, mais qui ne cesse de gouverner à la fois l’avancée du récit et l’élaboration du paysage. La Souterraine : c’est d’abord la reconnaissance... Lire la suite