La Tour sarrasine

Collection jaune

Roman

160 p.

13,18 €

ISBN : 978-2-86432-249-8

Parution : septembre 1996

C’est en haut de la tour sarrasine – témoin du face à face immémorial entre les deux rives – que le vieux moine a donné rendez-vous à l’ange des fins dernières.
Face à la mer, en pleine lumière.
Le jour lui a apporté une sombre nouvelle : Mouloud Kalfaoui, journaliste algérien, a été abattu, victime d’un nouveau cycle de violences.
Défiant la poussière, le vent, les senteurs exacerbées de la garrigue, le vieux moine parvient jusqu’au sommet de la tour. Il lance vers le ciel sa colère et sa honte. Encerclé jusqu’au vertige par les événements et les personnages que l’histoire et deux guerres ont liés autour de son destin, il demande des comptes. Au ciel. À la terre. Et à cette mer impassible et violente qui s’étend à ses pieds.

Extrait

Et c’est comme s’il émergeait de l’intérieur même de la montagne. Comme si profitant de quelque mystérieux passage il avait accédé directement entre les murs carrés de cette tour qui maintenant au lieu de protéger, au lieu d’abriter, livre celui qui la surmonte à une étendue de mer, de collines, de roches et de vent.
Jusqu’à trembler de vertige.
Non de la soudaineté de l’à-pic qui se dérobe sous les pieds, mais justement : de la vue qui se perd sans obstacle ni gêne, de cette pratique inhabituelle du voir qui au lieu d’assurer la maîtrise de l’observateur (garder à vue, avoir à l’œil) le gave et le grise d’un infini pourtant hors de portée mais vers lequel (n’y eût-il à cet instant veille efficace de la part animale, d’un instinct de survie rejetant en arrière les épaules, la tête –  et les bras en dernier encore avides d’ailes) il serait prêt à se jeter.
— Tiens-toi à moi, dit Dom Aylard, quand passé ce qu’il reste de poterne ils gravissent les pierres qui dépassent, en marches, des moellons du mur. Moi je ne risque plus rien.
Mais ses yeux tremblent autant que ceux du jeune frère quand ils débouchent.
— Vois. C’est par là qu’ils sont venus. Qu’ils sont partis aussi. Tu vois le passage juste sous l’horizon. Le détroit. Le pertuis. Le trou du ciel qui montre la direction. Jérusalem. La Mecque. Rhodes, aussi, quand on ne peut aller plus loin – ou même Naples… Tu comprends ? On dit « sarrasine », « la tour sarrasine », mais c’est pour ne pas avoir à choisir. Qui l’a construite ? Les Sarrasins ou ceux qui voulaient s’en protéger ? La réponse n’est pas dans la pierre. Tous ceux qui sont montés ici pour fouiller, pour gratter, pour tenter de déchiffrer dans la roche les traces du passage des hommes, tous ont fini par comprendre qu’ils tournaient leur regard du mauvais côté. Pour voir, ici, il faut s’adosser. Et tenter d’épouser le regard de la pierre. Regarde ! c’est le temps que la tour, sa pierre, son vertige – et ses anges peut-être –, tiennent entre leurs bras.
Mais c’est lui qui tend les bras au rythme des points cardinaux, offrant ses yeux presque éteints à la brûlure du Levant.
— Vois. Ils arrivent. C’est toujours elle qui les porte. La mer.

Revue de presse

La Croix, 8 septembre 1996, par Francine de Martinoir

« Michel Séonnet, l’Algérie au cœur »

Le personnage central de ce roman, deuxième ouvrage de Michel Séonnet, pourrait adopter la définition que Claudel donnait de la patrie, « la mer et les vivants », et qu’il opposait à celle de Barrès, « la terre et les morts ». Pourtant, des morts, il y en a beaucoup dans ce récit : faute... Lire la suite

Le Magazine littéraire, novembre 1996, par Aliette Armel

Ce livre fait tourner les mots jusqu’à ce qu’ils soient ravagés par la mort : le dernier mot sera « celui qui barbouille la mémoire d’un gris de ciel sale. » Mer, terre, guerre, lumière, prière, poussière. Ces six substantifs sont énoncés d’abord sous forme de sixtine, cette structure poétique venue des troubadours et remise à l’honneur au XXe siècle... Lire la suite

Les Inrockuptibles, 25 septembre 1996, par Christophe Kantcheff

« Vois. C’est par là qu’ils sont venus. Qu’ils sont partis aussi. Tu vois le passage juste sous l’horizon. Le détroit. Le pertuis. Le trou du ciel qui montre la direction. Jérusalem. La Mecque. Rhodes, aussi quand on ne peut aller plus loin. (…) On dit « sarrasine », « la tour sarrasine » mais c’est pour ne pas avoir à... Lire la suite

Libération, 17 octobre 1996, par Jean-Baptiste Harang

« Carte à strophes »

Michel Séonnet, de février 1991 à décembre 1994, le temps de l’écriture, avait complètement maîtrisé la situation, enfermé son livre dans une forme sophistiquée pour qu’il avance au juste tempo de son écriture, sérieuse, elliptique, noble, pour qu’il ne déborde pas les destins qui s’y croisent, sanglants, douloureux au travers de trois guerres d’Algérie,... Lire la suite

Le Progrès, 23 novembre 1996, Laurence Séguin

« En regardant la mer »

Entre deux rives, il y a la mer. Celle – Méditerranée – que, de Nice, Michel Séonnet regarde, enfant, à perte de vue. Au-delà – en Algérie –, le conflit fait rage.

Entre deux rives, la guerre du Golfe ranime passions, haines et vengeances. Michel Séonnet, devenu homme de plume, entrevoit un séisme. Se prend à rêver d’un... Lire la suite

Le Quotidien jurassien, 28 septembre 1996, par Josyane Bataillard

Du haut de la tour sarrasine le vieux moine évoque les destins de braise de l’Algérie et de la France avec une mer au milieu, celle qui « semble déjà prête à faire naître le jour ».

Né à Nice en 1953, Michel Séonnet a déjà une somme romanesque contenue dans un premier roman, Que dirais-je aux enfants... Lire la suite

Radio et télévision

« Panorama », par Nadine Vasseur, France Culture, 4 septembre 1996

« Un livre, des voix », par Claude Mourthé, France Culture, 4 novembre 1996

« Droit d’auteurs », La Cinquième, 26 octobre 1996