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Le Club des tueurs de lettres

Slovo

Roman. Traduit du russe par Claude Secharel

144 p.

13,79 €

ISBN : 978-2-86432-181-1

Parution : septembre 1993

Il est question ici du triangle qui unit celui qui écrit, celui qui lit et le troisième – qui aux deux autres donne existence –, le mot. Entre les trois coule l’encre, sang noir de l’écriture.
Tout écrivain « professionnel » est un dresseur de mots. Les « tueurs de lettres » ont été de ces dresseurs ; ils ont formé ce club, étrange petite société secrète, et chaque samedi, comme d’autres jouent aux cartes, fuyant un public de lecteurs de plus en plus décérébrés et voraces, ils se réunissent dans une chambre, bibliothèque ascétique, aux rayons vides. Chacun des tueurs de lettres va dérouler son récit dont aucune trace ne doit subsister…
Et cependant un texte est là. Qui l’a écrit ? Pour témoigner de quoi ? Peut-on tuer les lettres sans effusion d’encre, sans qu’en épilogue le sang se mette à couler ?

Extrait

— Retenez bien ceci, mon ami : quand il y a un livre en plus sur un rayon de bibliothèque, c’est que, dans la vie, il y a un être humain en moins. Et s’il faut choisir entre les bibliothèques et le monde, c’est le monde que je préfère. Les bulles là-haut à l’air libre et moi là, au fond de l’eau ? Merci, sans façon.
— Mais enfin, ai-je timidement tenté de protester, vous-même avez donné tant de livres aux hommes ! Nous avons tous l’habitude de lire vos…
— J’en ai donné. Mais je n’en donne plus. Plus une seule lettre depuis deux ans.
— D’après ce qu’on dit ou qu’on peut lire, vous nous préparez quelque chose de nouveau et de grand.
Il avait cette habitude de ne pas écouter jusqu’au bout ce qu’on lui disait.
— Grand ? Je ne sais pas. Nouveau, oui. Seulement, ceux qui disent et qu’on peut lire, cela au moins je le sais, n’obtiendront plus de moi le moindre caractère d’imprimerie. C’est clair ?
De toute évidence, je n’avais pas l’air très éclairé. Après un instant d’hésitation, il s’est dirigé vers son fauteuil vide, l’a approché de moi et s’est assis, ses genoux touchant presque les miens, en me dévisageant. Le silence faisait douloureusement durer les secondes.
Son regard cherchait quelque chose en moi, comme on cherche dans une pièce un objet oublié qui vous appartient. Je me suis levé avec brusquerie.
— J’ai remarqué que vos samedis soirs sont occupés. Le jour décline. Je m’en vais.
Ses doigts durs ont agrippé mon coude et m’ont fait rasseoir.
— C’est vrai. Le samedi, je… je veux dire nous, nous nous enfermons à clef pour ne pas être dérangés. Mais aujourd’hui, je vais vous le dévoiler, notre samedi. Restez. Ce qui va vous être montré demande quelques éclaircissements préalables. Tant que nous sommes encore seuls, je vais vous résumer ça.

Revue de presse

Voir, 13 janvier 1994, par Geneviève Picard

[…] Pour pouvoir se rendre aux funérailles de sa mère, un homme doit vendre ses livres qui sont sa seule richesse. De retour dans sa chambre aux rayonnages vides et accusateurs, il est accablé par le souvenir des histoires qui l’avaient bercé. Suite à sa trahison, les lettres refusent de lui obéir et de former... Lire la suite

La Croix, 14 novembre 1993, par Jean-François Bouthors

De l’impossible assassinat de la littérature

Le livre, cette foultitude de petites traces noires alignées sur le papier blanc, est à l’idée de ce que le corps est à l’âme. Peut-on les dissocier ? Sept écrivains tentent l’expérience, abandonnant à tout jamais la perspective de voir leur littérature imprimée, et par là même vendue, galvaudée,... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, par Christian Mouze

Réalisme moral

Les années vingt sont des années de richesse créatrice en Russie/URSS. Entre autres, une littérature fantastique et d’évasion apparente, ou constitue, par sa présence même, une réprobation sociale implicite, ou, carrément, aiguise et renouvelle la critique sociale (jusqu’alors apanage d’un réalisme hérité du XIXe siècle) et plonge le lecteur dans une sorte de réalisme nu,... Lire la suite