Le Registre

Terra d’altri

Nouvelles. Traduit par Michel Arnaud

120 p.

11,16 €

ISBN : 978-2-86432-101-9

Parution : mars 1990

Saltimbanques, brigands et vagabonds, mouchards, croque-morts et infirmes, femmes condamnées à la rancœur et au dépérissement peuplent l’univers, en apparence décalé, voire intemporel, d’Arturo Loria. La requête d’amour de ses personnages, souvent inconsciente ou muette, toujours désespérée, nous touche d’autant plus que l’écriture, tendue, acérée, ne se départit jamais d’une distance à la fois naturaliste et fantastique : qualité particulièrement évidente dans L’Aveugle et la Bellone, le dernier de ces quatre récits publiés à la fin des années vingt, et sans doute une des plus parfaites nouvelles jamais écrites.

Extrait

Quand à la suite d’une existence trop libre Teresa se retrouva dans la misère, elle fut en compagnie de son frère reléguée par ses riches parents comme gardienne dans leur maison de campagne, et se résigna à n’être plus qu’une vieille fille malpropre et rancunière.

Elle restait peu en la compagnie de ce vaurien de Pietro, abruti par le vin : elle passait des journées entières, seule, dans une morne oisiveté.

Mais à une certaine heure, il était parfaitement inutile de la chercher dans la maison, ni de l’appeler pour un motif quelconque. Elle disparaissait. Elle se couchait tôt, à sept heures, infailliblement chaque soir.

Elle avait rendez-vous avec ses rêves, et ils étaient la récompense de sa sotte journée, l’exutoire aux effervescences de son âge critique. Elle se mettait au lit, fermait les yeux et s’endormait.

Presque aussitôt le rêve l’empoignait. Elle voyait toute une enfilade de chambres avec dans chacune des gens en train de bavarder. Elle parcourait un couloir où s’ouvraient des portes, mais les intérieurs étaient envahis de brumes et ne lui permettaient pas de reconnaître qui s’y trouvait.

On l’appelait de la dernière pièce. Elle entrait et réalisait que l’image se trouvant devant elle était une pensée, un désir qui émanait d’elle-même.

Mais ce n’était là que l’antichambre du rêve, car son cours se détachait ensuite des murs pour devenir imprévu, merveilleux.

Revue de presse

La Croix, 7 avril 1990, par Michel Crépu

Tout, dans la prose de Loria, semble avoir été vidé de ce mauvais air qui embrume et corrode l’ordinaire romanesque : on ne parlera donc pas ici d’ambiance, ce mauvais substitut, mais bien d’un monde en soi, pur et net comme le sont les rêves ou le coin d’une ruelle à la tombée du jour.

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Libération, 29 mars 1990, par Jean-Baptiste Marongiu

Prêtres défroqués, prostituées, mendiants, gitans, voleurs, acteurs minables et sublimes, danseuses vieillies, minées par l’alcool et le souvenir de la rampe, mouchards et policiers étourdis constituent cette humanité diverse qui peuple des pages d’une beauté limpide.

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Lire, mai 1990, par Jean-Baptiste Para

Picaresque réaliste, on remarque aussi que le fantastique rôde chez lui en coulisse et leste ses récits d’angoisse. Des brigands, des vagabonds, des déclassés hantent ses pages, personnages dignes d’une gravure de Callot ou d’une œuvre de Goya. D’une sensualité frémissante mais amère, son écriture lui permet de révéler en peu de mots le visage... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er-15 juillet 1990, par Alain Sarrabayrouse

Loria, en tout cas ce Loria-là, celui des débuts, est aux antipodes de l’enracinement ; ce qu’il nous suggère est tout autre, c’est une vision du monde intemporelle et décharnée. Une vision sombre et troublante.

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