L’Enterrement

Collection jaune

Récit. Prix Paul Vaillant-Couturier

128 p.

10,65 €

ISBN : 978-2-86432-142-2

Parution : janvier 1992

Dans un village près de la mer, dans les marais et dans le vent, un matin de décembre, l’enterrement d’Alain. La famille n’a avoué de la mort ni comment ni pourquoi, et la journée s’en va de travers, comme avait fait la vie qu’on devine et reconstruit.
Moment de bascule où se clôt un cycle, avant les forces neuves du recommencement : celui qui ici est tombé, tandis qu’un autre, son ami, doit continuer.
Pour reconstituer au plus près cette journée blanche et rapide, trois heures d’une hallucinante scène réelle, l’auteur est revenu vivre dans son village natal de Vendée.

 

Cet ouvrage a reçu le Prix Paul-Vaillant-Couturier 1992, ainsi que le Prix du Livre en Poitou-Charentes 1992.

Extrait

Le père se tenait au portail, en avant, sur la rue. Tête nue, un peu penchée de côté et se retournait souvent, pour vérifier si ça suivait bien, derrière, la cour vide, ou s’inquiéter de quelque chose, qui n’aurait pas été à sa place. Je ne me suis pas présenté : je venais, c’est tout. Pourtant, à faire traîner comme ça le « monsieur… », c’est mon nom qu’il attendait. Les mots qui auraient tout facilité ne sont pas venus, on s’est serré la main. Mais ferme, en appuyant vraiment. Quand même, comme il ne me relâchait pas les doigts, tenus sans pression mais collés à sa paume sans que j’ose les enlever : « Un ami d’Alain », j’ai dit. Ça suffisait, c’était le mot de passe.
Je me suis retourné, il s’était retourné lui aussi, au coin gauche du portail et on était maintenant à cinq pas, une silhouette et demie d’homme entre nous. Son chapeau à la main parce qu’il ne savait pas quoi en faire, et ce tressaillement nerveux, toujours le même, qui lui étirait encore une fois la joue rasée de trop près. « C’est par là », il me lança comme si j’avais pu aller ailleurs.
Enfilade vide de la cour, au fond le hangar où le chien traînait la grande boucle d’une chaîne de fer, à côté du fourgon surélevé de la menuiserie. Le chien noir, on se connaissait : il s’est dressé droit, la queue à racler par terre. Et d’aboyer ainsi, tirant sa chaîne à s’en étrangler, finit comme quand ils hurlent à la lune. Chien bête à chagrin : il était donc arrivé ici, le chien d’Alain.

Revue de presse

Révolution, 31 janvier 1992, par Jean-Claude Lebrun

Avec L’Enterrement, François Bon parvient à une simplicité et à une pureté de trait, à un haut dépouillement, que seul peut engendrer un travail de tous les instants sur la musicalité et le sens dans la langue. Venant après cinq romans et un gros essai sur Rabelais, ce court récit pourrait bien marquer un premier aboutissement,... Lire la suite

L’Événement du jeudi, 2 avril 1992

L’écriture très originale du romancier-poète François Bon sonde les moindres frémissements d’émotions, et enregistre le tout-venant de la vie qui s’active.

Lire la suite

L’Express, 6 février 1992, par Raphaël Sorin

[…] Un court chef-d’œuvre où François Bon, prenant comme prétexte les funérailles d’un ami, Alain, rentre chez lui. D’une prose savante, qui mêle les tournures du lieu, une « parlerie savoureuse », à de longues phrases méditatives, il fait le tour d’une douleur dont personne ne dira mot. […] Simenon aurait aimé ce livre laconique et reconnu... Lire la suite

Radio et télévision