Les Couleurs d’un hiver

Collection jaune

128 p.

14,20 €

ISBN : 978-2-86432-609-0

Parution : avril 2010

Partir : une nécessité aussi irrépressible qu’irraisonnée jette le héros, un matin de novembre 1823, sur les chemins qui, d’une petite ville des bords de Loire, mènent à Paris.
Depuis l’enfance, Anselme sait que les couleurs occuperont sa vie – couleurs qu’il prépare depuis trop longtemps pour un peintre de Vierges candides et de roués clandestins dont l’art ne répond plus aux besoins du temps.

Il imagine, porté par les lettres de son ami Simon qui fréquente Géricault, tout un monde nouveau : pareil aux chevaux vifs et puissants si chers au maître ; bouleversant comme Le Radeau de la Méduse ; aussi troublant et provoquant que le portrait de la petite Louise – le réel pris dans l’éclat et la tourmente des corps.

Arrivé aux portes de la capitale, les craintes et les remords, qui n’ont cessé de sournoisement l’accompagner, s’effacent, sa décision est arrêtée. Mais l’inconnu qui l’attend au terme du voyage aura peut-être les couleurs de l’hiver.

Ce récit posthume de Pierre Silvain, par la tendresse pleine de réserve qu’il attache à ses personnages, par la saveur de son style, n’est pas sans rappeler le roman qui l’a fait connaître, Julien Letrouvé colporteur.

Extrait

Il se retrouva dans le champ du regard, mais cette fois surmontant son malaise, la fascination qu’exerçait l’œil tout rond qui avait, entre les paupières pétrifiées, sans cils, la fixité de celui des oiseaux aux aguets sur les branches hautes. Il en soutint il ne savait si c’était le vide ou bien l’attente sournoise s’efforçant de ne rien perdre du voyeur arrêté. Un seul œil auquel rien n’échappait et qu’elle tenait assurément de son père, le peintre Horace Vernet, l’autre disparaissant dans la partie ombrée de la tête inclinée sur l’épaule nue. La chevelure, de profil, avait le rougeoiement d’une brande d’automne où couvait un feu, l’oreille, découverte sous les mèches en désordre, comme échauffée après un jeu interrompu, la joue pleine, en sueur, trahissaient l’ardeur de la turbulente enfance. Le visage se découpait sur le ciel violâtre, obscurci, électrisé par la montée d’un orage qui n’éclaterait pas, s’éloignerait avec des éclairs, un grondement sourd. Le tableau rendait sensible la touffeur de l’air à quoi ne semblait pas, figée dans la pose que lui imposait le peintre pour peu qu’elle bougeât sa main appuyée à un rocher en forme de banc, prêter attention la fillette. Non plus que le gros chat installé sur sa cuisse, que d’un bras passé autour de ses flancs elle attirait contre son ventre. Dans le giron où il était blotti, avec la taille peu commune, gigantesque, qui était la sienne, sa fourrure étalée sur l’autre cuisse, sa présence n’était pas innocente. Mais qu’est-ce qui l’était, dans cette représentation de l’ingénuité enfantine ? Dans le léger soulèvement du corps au-dessus du banc que ne semblait aucunement contrarier le poids de l’animal, mais en défier peut-être l’attitude de possession qu’exprimaient les griffes à demi sorties de la patte contractée, les yeux rouges fixant la présence ennemie sur laquelle se posait aussi, oblique, curieux, le regard bleu-vert ? Dans la robe myosotis que les griffes du chat tiraient à lui en une torsion de menus plis et dont le décolleté avait glissé sur la poitrine jusqu’au niveau de l’aréole des seins encore absents, tandis que le bord inférieur était retroussé au-dessus du genou, découvrant le bas du jupon de batiste blanche et la chaussette retombant lâchement sur le mollet ? Enfin dans cette chaussette de laine bourrue tricotée à grosses mailles par une aïeule aux gestes perclus au coin de l’âtre pour les jours de froidure, faisant contraste, par l’orageuse atmosphère d’une fin d’après-midi, avec la robe de soie dont les manches bouffantes laissaient nus les bras grassouillets ? Tout cela qu’Anselme détaillait, interrogeait, retournait, le cœur battant et la vue à chaque instant brouillée comme par la proximité d’un péril qu’il ne repoussait plus. Il appelait maintenant ce qui se dérobait encore à son approche, ses soupçons : son attirance équivoque dont jusqu’alors il n’avait eu le moindre souci de connaître la nature, ce qui, tout à coup, de par l’attitude, le laisser-aller de la fillette, ni enfant ni femme, ou les deux à la fois , l’une à l’autre emmêlée, lui parlait le langage ambigu de la perversité.

Revue de presse

Notes bibliographiques, juillet 2010

Anges et madones, spécialités d’un peintre saumurois, revêtent des couleurs subtiles mais classiques, préparées par Anselme l’apprenti. Simon, l’ami d’enfance, fréquente à Paris Géricault dont le Radeau de la Méduse vient, en 1819, d’être refusé au Salon : incompréhension devant sa modernité et présence – entre autre – d’une pointe de couleur inusités. À travers ses lettres et la copie d’un portrait,... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 16 juin 2010, par Hugo Pradelle

La Vie dépeinte

Dans la lignée de Julien Letrouvé1, Pierre Silvain (1926-2009), pour son dernier récit, choisit de s’aventurer dans l’immensité de la peinture et d’une conscience qui se forme autour d’elle, de son sentiment. Il signe un roman d’une douceur et d’une profondeur enchanteresses, suivant, comme pas à pas – jusqu’au dernier ou au premier on... Lire la suite

La Liberté, 12 juin 2010, par Alain Favarger

Rencontre avec Géricault

Dans la mouvance de Pierre Michon, Pierre Silvain aimait les récits brefs ; longtemps portés et ardemment ciselés. De cet écrivain méconnu, récemment décédé, on publie aujourd’hui à titre posthume Les Couleurs d’un hiver, l’histoire d’Anselme, l’auxiliaire d’un peintre à l’époque de Louis XVIII. Pierre Silvain avait des affinités avec les destins de marginaux. Dans... Lire la suite

Radio et télévision