l_oeil_nu
L’Œil nu

Der Doppelgänger

Roman. Traduit de l'allemand (Japon) par Bernard Banoun

208 p.

13,18 €

ISBN : 978-2-86432-449-2

Parution : septembre 2005

Une jeune Vietnamienne, passée à l’Ouest malgré elle un peu avant la fin du régime communiste, se retrouve à Paris sans papiers, sans domicile fixe.
Livrée au hasard des rencontres, ne sachant pas le français, elle cherche à rejoindre un monde dont elle ignorera pendant plusieurs années qu’il a disparu.
Heureusement pour elle, il y a les films de Catherine Deneuve…

Extrait

Une mélodie ondoie sur l’écran, mon champ de vision est recouvert par la surface trouble de l’eau. Des hommes et des femmes, apparemment vietnamiens, manœuvrent les rames et gouvernails de bateaux ailés comme des dragons. Quelques secondes seulement passent et déjà votre nom apparaît, en caractères roses. C’est comme toujours le sommet du film, à couper le souffle. Avant que le titre ne soit dévoilé, avant que ne commence l’histoire, votre nom doit surgir du fond des mers. Sans ce nom, pas d’actrice, sans actrice, pas d’Éliane Devries censée avoir vécu en Indochine, sans Éliane, pas d’histoire à raconter. Sauf à Paris, sur l’écran, jamais je n’ai vu de pays qui se nomme Indochine.
La voix off était la vôtre. Je ne comprenais pas ce qu’elle racontait, mais je la reconnaissais. Et comme je ne comprenais pas le contenu, la voix était là pour elle-même, pleine d’assurance, souple dans ses accents et ses graves. J’y entendais respirations et frictions, soupirs, parfois aussi une brûlante chaleur faite voix. C’était la première fois que vous parliez dans un film avant même de vous montrer. Votre voix venait des vagues, des voiles, du vent, des hévéas.
Avant le début de l’histoire, quelqu’un est mort. Votre voix parle, semble-t-il, de cette personne défunte. Éliane, vêtue de deuil, est debout devant un autel, le visage encadré d’un voile noir. À son côté se tient une fillette qui n’a pas plus qu’un tiers de sa taille. La fillette, sans lever les yeux, saisit la main d’Éliane comme si ce droit allait de soi. Le visage de la fillette, si jeune qu’on croirait pouvoir discerner sur sa peau les marques des langes, a pourtant déjà une dignité.
Éliane et la fillette ne peuvent être du même sang. La fillette ressemble beaucoup à quelqu’un. Je n’en crois pas mes yeux, mais c’est bien à moi qu’elle ressemble, telle que je suis sur une ancienne photo datant de mon enfance. Les parents de la fillette sont morts, je suppose, et Éliane l’a adoptée. Les vêtements et l’atmosphère de la cérémonie révèlent la position sociale élevée des défunts.

Revue de presse

Le Magazine littéraire, janvier 2006, par Tâm Van Thi

Yoko Tawada, née à Tokyo en 1960, vit aujourd’hui à Hambourg. Lors de notre entretien, elle explique comment, voyageant il y a plus de vingt ans par le Transsibérien, à la recherche de la manière dont « les gens vivaient avec leur langue », elle a découvert en Allemagne une nouvelle façon de manier les mots. Depuis,... Lire la suite

Indications, 2005, par Catherine Daems

D’Europe et d’Asie à la fois

Est-ce juste un effet de mode qui met à l’honneur les auteures japonaises ? Après l’autre Yoko (Ogawa), dont le fantastique vous donne froid dans le dos, la nouvelle Yoko (Tawada) a réussi avec ces deux titres une nouvelle exploration de l’étrange, plus humaine mais tout aussi riche.

Auteur... Lire la suite

Madame Figaro, 22 octobre 2005, par Clémence Boulouque

Juste avant la chute du communisme, une brillante étudiante de Hô Chi Minh-Ville est invitée à Berlin pour une conférence sur « le Vietnam victime du capitalisme américain ». Pour son premier voyage à l’étranger, la ville allemande et ses habitants laissent la narratrice savoureusement perplexe. Cousine du Persan de Montesquieu, huron vietnamien en RDA, elle se... Lire la suite

Libération, 13 octobre 2005, par Jean-Baptiste Harang

Une voix peut en cacher une autre

Deux romans de Yoko Tawada se croisent en librairie, L’Œil nu, traduit de l’allemand (Japon), Trains de nuit avec suspects, traduit du japonais (Allemagne).

Opium pour Ovide (Verdier, 2002), le deuxième des quatre livres traduits en français de Yoko Tawada, nous est précieux à deux titres : d’abord,... Lire la suite

Le Matricule des anges, septembre 2005, par Lucie Clair

Terres étrangères

En deux livres, Yoko Tawada nous offre un regard aigu et réjouissant sur notre perméabilité au monde et aux autres.

[…] Projections aussi que les anxiétés, fantasmes et suspicions naissant de la cohabitation dans les compartiments de Train de nuit avec suspects. Treize nouvelles, treize trajets, dont chacun est un champ de... Lire la suite

La Revue littéraire, septembre 2005, par Olivier Capparos

Dans le décor froid d’une histoire figée, à l’image d’une cave d’où l’on doit ressortir, une voix appelle et file ses lambeaux de récits dont on attend la toison unie de la mémoire, d’une existence personnelle, d’une histoire collective… Une littérature d’endroits obscurs et de faux jours donc, promettant l’itinéraire chaotique, toujours aveugle, d’une voix... Lire la suite

Chronic’Art, septembre 2005, par Morgan Boëdec

Deux livres, une double actualité qui rappelle la double vie que mène la japonaise Yoko Tawada : débarquée de Tokyo au début des années 1980 pour s’installer à Hambourg, elle mène de front deux chantiers d’écriture l’un dans sa langue natale, l’autre dans une langue allemande dont l’apprentissage est au cœur de L’Œil nu, le plus... Lire la suite

Les Inrockuptibles, 31 août 2005, par Raphaëlle Leyris

Belles de jour

Une jeune fille se réinvente dans un train de nuit, une autre s’accroche à Catherine Deneuve pour survivre. Deux romans désopilants et étranges d’un auteur à découvrir. En allemand, « Doppelgänger » signifie « sosie », « double ». Un mythe à l’origine de pans entiers de la littérature – de Plaute à Dostoievski, en passant par Maupassant, Conrad... Lire la suite