l_ongle_rose
L’Ongle rose

Collection jaune

Roman

112 p.

11,16 €

ISBN : 978-2-86432-354-9

Parution : mars 2002

De l’amour fracassé il ne reste rien, que quelques traces furtives (à peine un ongle rose), un corps traversé de manque, et le désarroi sans fond que creuse l’abandon.
C’est ce moment que choisit le récit pour ouvrir son flux serré, sa fureur contenue, ses cassures et ses reprises et, peut-être, son refus rageur d’abdiquer.
À l’écoute des pulsations infiniment brisées et diffractées de la ville peuplée de visages et de destins troués de solitude, dans les néons de Pigalle, auprès des petites vieilles des Batignolles, des travelos des anciennes fortifications ou dans les bar-PMU des banlieues émigrées, les coups que le dehors inflige à la conscience de la narratrice sont comme un écho de ceux du dedans — le style glisse avec une parfaite pudeur et justesse de ton d’un registre à un autre, du politique à l’intime, tout naturellement.
« Parle-moi de l’amour, s’il te plaît, parle-moi de l’amour, c’est tout ce que je te demande », lui dira l’écrivain serbe cassé par la guerre. Et dans un dernier et très beau retournement, le texte parvient à réajuster une fragile perspective. De celui qui raconte ou de celui qui écoute, lequel est le voleur de vie, lequel le voleur de mots ?

Extrait

Ongle rose tombé de mon gros orteil : lorsqu’en me levant le matin, il m’arrivait d’avoir à chercher quelques minutes l’équilibre, m’accrochant à la table de l’ordinateur, près du lit, pour que la ronde dans ma tête s’apaise, que mes jambes retrouvent leur position droite, ferme, je caressais sa pellicule brillante qui ne connaîtrait pas les craquelures désormais (la seule coquetterie de mes quarante ans : chaque samedi couvrir d’un vernis mes ongles de pieds). Je me surpris un jour à lui dire des mots, à mon bel ongle silencieux, offert par un inconnu qui ne savait rien de ce qu’il avait arraché à mon corps et de ce qu’il m’avait montré du sien, et je me fis peur. Ongle. Téton frémissant. J’étais beaucoup allée au cinéma, place de Clichy, durant cet hiver, à quelques blocs de mon petit appartement de derrière la rue des Dames. Là seulement je trouvais en haut de l’escalier monumental, dans la salle sombre, un bloc cohérent, vies d’hommes et de femmes auxquelles je pouvais croire, l’illusion cinématographique.

Revue de presse

Le Monde des livres, 29 mars 2002, par Jean-Luc Douin

Ongles et brouillards

[…] Son amant est parti, son amour s’est fracassé. Une femme écrit. Ne reste de son bonheur intime brutalement renvoyé au passé qu’un fétiche minuscule : l’ongle couvert de vernis rose qui s’est détaché de son gros orteil, un matin, après la rupture, symptôme de ce qui fut arraché à son corps, stigmate... Lire la suite

Le Magazine littéraire, avril 2002, par Anne-Marie Koenig

La bonne distance

Claquements de talons, moteurs en poussées d’adrénaline après le croisement, voix qui s’entrechoquent, grincements de poussettes, landaus, caddies, le souffle bruyant de la ville ruisselle par l’entrebâillement de la fenêtre et bute sur le ronron obstiné de l’ordinateur. Sylvie Gracia s’épanouit au milieu du bruit. La ville affairée à être elle-même, n’est-ce... Lire la suite

Libération, 18 avril 2002, par Jean-Baptiste Harang

Levallois-Clichy

Sylvie Gracia a écrit le temps qu’un ongle repousse, un livre de consolation du chagrin d’un amant parti. De Levallois à la place Clichy, le décor en noir et blanc de sa solitude.

Cet ongle rose n’est pas celui de la chanson, ce petit bout du petit ongle rose du petit doigt de... Lire la suite

Midi libre, 14 avril 2002, par Jacky Vilacèque

Les subtils jeux de miroir de la mémoire

Ce ne sont pas des livres-mode, de ces livres qu’on expédie entre un clip de campagne, un ciné et une portion de frites chez MacDo. Ce sont des livres que l’on prend, que l’on renifle, que l’on repose, que l’on reprend quelques pages en amont. Parce que... Lire la suite

Les âmes incarnées, par Dominique Aussenac

Sylvie Gracia poursuit à travers son troisième ouvrage une exploration des corps, des vertiges, des béances. Une écriture incisive, dérangeante et vraie.

Un ongle n’est pas une chose anodine, innocente. Un ongle développe une dimension fantomatique, surtout lorsqu’il paraît mort, à peine racorni, détaché du corps. En Afrique, certains affirment qu’il faut cacher, détruire... Lire la suite

Zurban, 11 juin 2003, par Fabienne Jacob

Une femme d’extérieur

Autour de la place de Clichy, entre pulsations de la ville et chaos intérieur, Sylvie Gracia signe un récit plein de bruit et de fureur contenus.

Elle entre dans des bars PMU pleins de fumée et d’immigrés. Au cinéma, elle reste jusqu’au générique de fin, jusqu’au dernier nom du dernier technicien.... Lire la suite