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Machine arrière
(Schubumkehr)

Der Doppelgänger

Roman. Traduit de l’allemand (Autriche) par Christine Lecerf

208 p.

15,22 €

ISBN : 978-2-86432-392-1

Parution : septembre 2003

À Komprechts, village autrichien proche de la frontière tchèque, la situation n’est pas brillante en ce début d’année 1989 : après la carrière, c’est la verrerie qui risque de fermer. König, le maire, croit trouver le remède dans la reconversion du village en haut lieu du tourisme vert. Un musée de la Pierre rappellera le souvenir de la carrière. Mais la vieille madame Nemec, qui a toujours vécu à proximité, acceptera-t-elle que l’on transforme sa maison en musée ?
Cette même année, Roman rentre du Brésil pour s’installer chez sa mère : celle-ci vient de se remarier avec un garçon à peine plus âgé que lui et d’acheter une ferme pour se lancer dans l’agriculture biologique.
Fragmentée, et visionnée par les enquêteurs qui travaillent sur un crime mystérieux à partir d’une vidéo tournée par Roman, c’est toute la réalité confuse d’une région d’Europe centrale à la fin du vingtième siècle qui s’écrit ici à l’aide des touches d’un magnétoscope. Avance rapide, pause ou retour en arrière, telles sont les trois possibilités, sans doute également illusoires, qui s’offrent à la conscience des personnages, au fil d’une narration où enjeux intimes et tensions collectives sont étroitement liés, où le tragique et le grotesque ne cessent de se côtoyer.

Extrait

Faitout, dit la mère, le fils ne veut pas entendre, il ne peut plus supporter d’entendre sa mère prononcer faitout, avec cette emphase qui sonne faux, qui sent le fabriqué. Pourquoi ne dit-elle pas tout simplement « casserole » comme avant ? Elle se travestit derrière ce mot et tous ceux du même acabit, comme elle se déguise avec son pantalon en velours à grosses côtes bleues et ses cheveux teints au henné. Elle avait déjà les cheveux gris avant, ou je me trompe ? Ils sont roux maintenant, coupés court et en brosse. Qu’est-ce qu’elle a encore préparé ? Il y en a toujours trop, comme d’habitude. Et puis cette table en bois néo-rustique, dessinée par un designer suédois ! Elle est bien trop solide pour s’écrouler, au sens littéral du terme, sous ce qu’on lui a servi ! Et ça fume et ça dégouline de partout, dans les cocottes, les plats, la casserole, le faitout. Vas-y, mais sers-toi ! Le fils ne veut même pas regarder, il ne voit que la vapeur, et à travers elle le visage luisant de sa mère dont il ne supporte plus d’entendre ce qu’elle dit. L’entendre dire par exemple que l’animal, celui qui est à présent découpé dans le faitout, a été un animal heureux, tout ça parce qu’on l’a élevé conformément à ses besoins, avec une nourriture exclusivement naturelle. C’est comme les légumes et la salade : tout vient de notre propre récolte, tout est naturel, sans engrais chimiques, non traité, biologique. Le fils gonfle ses joues à bloc, comme un trompettiste. Il se voit : il voit son visage, ses deux joues gonflées comme deux ballons de baudruche. Il n’est plus si jeune que ça, en tout cas pas autant qu’il aimerait. Il a quelque chose de bouffi, de spongieux, d’usé ; il donne l’impression d’être déguisé, lui aussi.

Revue de presse

Les Inrockuptibles, 5 novembre 2003, par Fabrice Gabriel

Un monde en kit

Une fois de plus, un artiste autrichien livre une charge acide contre son pays. Et signe un roman à l’image de son sujet : en morceaux. L’Autriche n’est pas seulement un pays : c’est devenu une sorte d’espace littéraire, un territoire dont l’histoire même interdit aux romanciers de composer innocemment leurs récits. Robert... Lire la suite

Libération, 23 octobre 2003, par Mathieu Lindon

Mes cassettes, mes cassettes !

Le héros de Machine arrière est en quelque sorte un écrivain malgré lui. Ce nouveau volet de la « trilogie viennoise » de Robert Menasse, né à Vienne en 1954, met en scène le Brésil et l’Autriche, comme La Pitoyable Histoire de Leo Singer (voir Libération du 26 octobre 2000) dont il est cependant indépendant. Roman rentre de São... Lire la suite

La Liberté, 13 septembre 2003, par Alain Favarger

Robert Menasse ou les dernières nouvelles de la Cacanie

Né à Vienne en 1954, il est l’auteur d’une œuvre romanesque tournant en dérision les métamorphoses de la Mitteleuropa.

La Cacanie, tous les lecteurs de Musil le savent, c’est le nom ironique et grotesque utilisé par l’auteur de L’Homme sans qualités pour désigner son pays. Cet Empire... Lire la suite

L’Humanité, 21 août 2003, par François Mathieu

Les hommes de Komprechts sont mauvais

Avec Machine arrière, Robert Menasse est sans pitié pour une Autriche jugée hypocrite et petite-bourgeoise.

Dans La Pitoyable Histoire de Leo Singer, Leo Singer, étudiant en philosophie, né de parents juifs qui avaient fui l’Autriche avant l’Anschluss, s’était épris de Judith Katz, qu’il avait connue au Brésil. Mais l’amoureux fou, partageant son... Lire la suite

Radio et télévision

« Le Livre du jour », France Culture, 9 octobre 2003
« Les Mardis littéraires », France Culture, 23 septembre 2003