Natura morta

Der Doppelgänger

Roman. Traduit de l’allemand (Autriche) par Bernard Banoun

96 p.

10,14 €

ISBN : 978-2-86432-386-0

Parution : mars 2003

Parcourant un marché non loin de la gare Termini, à Rome, le regard du narrateur s’attarde sur une vaste nature morte comme les peintres de jadis aimaient à en offrir, et sur des scènes de genre qui n’ont guère changé depuis des siècles : bouchers et volaillers, marchands de légumes et de fruits, mendiants, tsiganes et éclopés qui peuplent le décor de la tragédie qui va se dérouler en quelques instants. À l’étal du marchand de poisson, un adolescent, Piccoletto, attire le regard du narrateur qui observe de loin ses relations avec les aînés, avec sa mère, avec les garçons et les filles du même âge. Retrouvé par hasard au terme d’une autre promenade dans Rome qui mène jusqu’au Vatican, Piccoletto devient pour Josef Winkler, et pour nous, en quelques pages, une figure familière, l’incarnation d’une beauté promise à la mort qui viendra le surprendre, absurde et grandiose, donnant au titre de ce livre un sens inattendu.

 

Cet ouvrage a reçu le Prix Alfred Döblin 2001.

Extrait

Au stand de poisson, Luigi, le capo, qui avait acheté au premières heures du jour poissons et fruits de mer frais à un grossiste de Fiumicino, était appelé Principe par ses collaborateurs. Sur son maillot de corps était écrit en lettres bleues Damino Rosci. Pesce fresco. Piazza Vittorio au-dessus d’un dessin représentant un crabe. Le gros vendeur de poisson avec une barbe de trois jours, qui aimait les travestis, vêtu d’un maillot de corps gris où étaient imprimés Hawaii et l’image d’un surfeur aux bras levés, répondait au surnom de Frocio. Il racontait souvent avec fierté ses aventures avec des travestis qu’il levait sur la piazza dei Cinquecento et sur la piazza della Repubblica et qu’il prenait dans sa voiture pour les emmener jusqu’au parc de la Villa Borghese. Un jeune poissonnier qui travaillait à l’étal de poisson lorsqu’il n’était pas incarcéré dans une prison romaine était surnommé Nazi-Skin. Enfin, c’est aussi à la poissonnerie Damino que travaillait le fils de la marchande de figues qui, le dimanche, devant l’entrée du Vatican, vend aux cohortes de touristes et de pèlerins des figues vertes fraîches de son jardin. Le garçon de seize ans dont les longs cils effleuraient les joues, appelé Piccoletto par ses collègues, portait autour du cou une chaînette en or avec un crucifix. Ses joues étaient parsemées d’innombrables taches de rousseur. À son poignet droit se balançaient plusieurs petites tétines colorées en matière synthétique.

Revue de presse

Livres hebdo, 21 février 2003, par Jean-Maurice de Montrémy

Saint-Pierre des corps

Étals de nourriture près de Termini, à Rome. Étals de touristes aux portes de Saint-Pierre. Entre les deux, se joue le destin tragique d’un jeune forain. L’Autrichien Josef Winkler signe un roman poème aux couleurs violentes.

Josef Winkler (né en 1953) avait été remarqué pour Le Serf (Verdier, 1993), évocation virulente de son... Lire la suite

Libération, 27 mars 2003, par Sean James Rose

« Nature morte » est un oxymore. La nature est par définition pleine de vie, la figer en une représentation n’est-ce pas la faire mourir ? Et pourtant c’est bien cette vie, cette sève que l’auteur autrichien, né en Carinthie en 1953, fait circuler à travers ces chapitres-tableaux d’un marché de Rome. Étals de poissons, de viande, de... Lire la suite

Page des libraires, avril 2003, par Joëlle Lesauvage

Natura Morta est une succession de tableaux situés à Rome, entre un marché très populaire et unVatican très touristique. Josef Winkler, tel un peintre, nous offre des compositions à la manière de ces tableaux qui, à force de détails, sont non plus dans la ressemblance mais dans la vérité. Son regard s’attache à pointer au plus... Lire la suite

Les Inrockuptibles, 16 avril 2003, par Fabrice Gabriel

Petit précis d’incarnation en forme de nature morte et mouvante, qui touche à l’essence de l’art. Il y a beaucoup de couleurs dans Natura morta de Josef Winkler : des couleurs vives et mouvantes qui animent un livre-tableau. Il y a donc de la peinture, et de l’Italie, dans cette inclassable et magnifique « nouvelle romaine » d’un écrivain très... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er mai 2003, par Anne Thébaud

Composition romaine

À la façon des maîtres anciens qui composaient des natures mortes et autres scènes de genre, Josef Winkler s’attache ici à décrire l’activité du marché de la piazza Vittorio, près de la gare Termini à Rome.

Les petits trafics en tous genres des Tsiganes côtoient le commerce des bouchers, poissonniers, volaillers et... Lire la suite

Le Figaro, 22 mai 2003, par Claude-Michel Cluny

Rome au fil de l’eau

Ce ne sont jamais les théories qui changent la littérature, c’est le talent. Pas non plus dans le sens idiot du progrès – il n’est pas de progrès en art, simplement des évolutions de point de vue, de rapport au réel, de sensibilité. Dans le dernier de ses livres à ce jour, Natura... Lire la suite

Le Magazine littéraire, juin 2003, par Diane de Margerie

Ce qui intéresse Josef Winkler, c’est le désordre pléthorique de la vie opposé à la violente sécheresse de la mort. La pluralité magique des êtres et des choses qui s’exprime par un style envoûtant et sonore, une richesse de vocabulaire époustouflante n’est là que pour mieux dire la vulgarité, la sottise, la tragédie, les mutilations,... Lire la suite

Radio et télévision