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Notre objet a

Philosophie

48 p.

7,10 €

ISBN : 978-2-86432-398-3

Parution : octobre 2003

La question juive – ce qu’on appelle ainsi – tout le monde en parle. L’opinion pense spontanément qu’elle peut être abordée par les moyens de l’histoire, ou de la politique, ou de l’économie (Marx).

Parfois de la théologie, moins souvent de la philosophie (Sartre).

L’auteur ne s’est autorisé que de Lacan pour la traiter – au sens analytique. En vérité, il ne s’agit pas de psychanalyse appliquée à la question juive, mais de l’utilisation d’une écriture de Lacan, celle du fantasme.

Quelques Axiomes, une Proposition. En cela réside son originalité, et, du même coup, sa rigueur, contrainte, ses limites, revendiquées.

L’auteur, autrement dit, entend ainsi déjouer l’opinion.

La question juive, tout le monde en parle, mais pas partout. Il est des lieux où elle ne fait peut-être pas question, sauf par emprunt aux lieux où elle fit, fait, fera question. L’ensemble des lieux où elle fait question, l’auteur l’appelle Occident. Ce terme hautement équivoque reçoit ici une salutaire univocité.

L’exercice fut écrit en 1979. S’il est d’actualité – et il l’est – ce n’est par la grâce d’aucun prophétisme, encore moins par l’effet d’aucune pitié ni d’aucune passion triste. D’un désir, tout au plus.

Une Postface récente situe l’auteur par rapport à la question.

Extrait

Et maintenant je dirai que le nom de Juif, je l’ai connu par celui de Marguerite Aron, le professeur de lettres de ma mère au lycée Victor Duruy, convertie au catholicisme en 1914, tertiaire dominicaine, et qui avait fondé un groupe destiné à initier quelques-unes de ces jeunes lycéennes volontaires à la spiritualité chrétienne, ainsi d’ailleurs qu’à Claudel (dont je n’ai ainsi jamais eu à faire la découverte); elle s’était retirée à Solesmes, n’avait jamais cédé sur le nom de juive. Elle traita à La Flèche en 1939 du « problème juif devant la conscience catholique ». Elle songeait bien sûr à leur « conversion ». Elle ne porta pas l’étoile, prétendant qu’en femme élégante, elle ne pouvait passer son temps à la coudre et à la découdre. Elle fut arrêtée par les Allemands à Solesmes, à la sortie de la messe du matin à l’abbaye, le 26 janvier 1944, à l’âge de soixante et onze ans. Elle protesta. « Nous prenons jusqu’à quatre-vingts ans », lui dirent les hommes de la Gestapo. Le convoi qui quitta Drancy le 10 février comprenait quinze cents personnes, dont 279 jeunes de moins de dix-neuf ans. Il parvint à Auschwitz trois jours plus tard. Marguerite Aron, inapte au travail, fut très vite gazée. Je sais que je lui avais rendu visite en 1942, accompagné de mes parents ; je m’y revois, mais c’est un souvenir improbable. J’admettrais même que cette évocation soit la rationalisation tardive de ma première rencontre avec le nom de Juif. Pour moi, donc, cette rencontre porte aujourd’hui son nom. Reste que cela m’aura suffi.