Prenez un coq

Verdier/poche

96 p.

7,30 €

ISBN : 978-2-86432-530-7

Parution : avril 2008

Prenez un coq et plumez-le jusqu’à lui faire rendre l’âne. Car il n’y a jamais loin du coq à l’âne, guère plus que de la coupe aux lèvres, guère moins que du Capitole à la Roche Tarpéienne, surtout si l’on s’y rend à pied, la pointe d’une dague dans les reins.
Pendant l’été 2003, l’auteur fut mis en demeure chaque jour d’illustrer par la plume une expression qu’il n’avait pas choisie, tombée par hasard dans une conversation et prise au pied de la lettre : « Passer du coq à l’âne ».
On voit bien qu’il suffisait de plumer l’un pour éviter le bonnet de l’autre.
Le passage du coq vers l’âne est étroit et ne connaît pas de retour. Pour l’avoir parcouru trente-cinq fois, et revenir à vide dans le sens de la pente, on peut dire ce qu’il faut d’humour, de santé, d’érudition et de mauvaise foi, d’abnégation et de ridicule pour fouiller des entrailles qui ne nous ont rien fait, les retourner comme des gants (c’est assez salissant), leur chatouiller l’étymologie, la généalogie et la parentèle pour que, comme jadis elles prédisaient à Rome un avenir incertain, elles nous lâchent de guerre lasse : « Pour faire l’âne, c’est par là… »
Nous y sommes.

Extrait

Le coq est un mauvais palindrome

Prenez un coq. Ou, exceptionnellement, si vous n’avez pas de coq, imaginez un coq, vous verrez, c’est beaucoup moins salissant. Vous avez là un animal approximativement palindromique, le coq est un qoc. Le coq se retourne comme un gant, et tout comme le gant qui, une fois retourné, a toujours l’air d’un gant, mais mal foutu, un gant à l’envers, les coutures en l’air, de même le coq. Pour retourner un coq, prenez un gant. Serrer le poing et l’enfoncer dans le fondement de la bête, assez profondément (le coq aura bien sûr été vidé au préalable par votre volailler, inventez un prétexte culinaire quelconque si l’homme de l’art ne s’intéresse pas à la sémantique), une fois à l’intérieur, la main se déplie dans la position du nageur et s’engage assez entre les poumons pour attraper délicatement mais fermement entre le pouce et l’index la base du cou (les moufles ne conviennent pas pour cet exercice), l’autre main qu’il est inutile de ganter vient pincer la peau du cul du coq à la hauteur de votre coude fouailleur. Tirer d’un coup sec, le coq se retrousse et vient cul par-dessus tête se présenter à vous comme un écorché, les ailes à l’intérieur. Si vous avez deux coqs, poser le coq retroussé à côté de l’autre, vous verrez que, physiquement aussi, le coq est un palindrome approximatif, ils ont vraiment l’air d’un coq et d’un qoc. Bon, certes, il faut le coup de main, mais toute personne s’étant entraînée toute une vie avec des chaussettes peut réussir cette expérience. Procéder de même pour remettre le qoc à l’endroit. Certains, avec les coqs, ne prennent pas de gants, mais ces gens-là n’aiment ni les coqs ni les palindromes.

À la décharge du coq, il faut avouer qu’il fait son possible, car le règne animal contient peu d’animaux purement palindromiques. On pense tout d’abord à la baudroie et à la grenouille, qui semblent si faciles à retourner avec leur gueule plus grosse que le ventre, mais elles ne donnent rien. On écarte les grands fauves, je voudrais vous y voir. Le loup à l’envers a l’air d’une poule et le cheval ressemble à la vache (lavehc). Certains animaux donnent le change à première vue mais ne résistent pas à l’examen : l’anoa (bovidaé des îles Célèbes), le bonobo, l’urubu (vautour à tête rouge), la nason (poisson chirurgien) ou l’ibis. D’autres confondent palindrome et bégaiement, le coucou, le caracaca (faucon d’Amérique du Sud), le rara et le bulbul (des passereaux), le pipit. Le susu, lui, se rattrape au pluriel : les susus sont des dauphins du Gange. Le longissor (poisson des mers) et le rossignol (oiseau des airs) sont de parfaites anagrammes, il suffirait qu’ils s’accouplent pour un somptueux rossignol-longissor, mais ils ne se fréquentent pas. Seul l’hocco (dit coq de Curaçao) atteint une approximation proche du coq. Du sténodactyle, on espérait beaucoup, mais ce petit lézard ne sait même pas taper à la machine. Non, seuls trois animaux ont assez de jugeote pour se lover tête-bêche dans la posture palindromique : l’ara, le sus et le kayak. L’ara est un perroquet, le sus est le nom savant du sanglier, et le kayak un bateau de pêche groenlandais en peau de bête morte qui se demande bien ce qu’il fait là. Quant à l’âne, à peine retourné, il fait l’ENA.

Revue de presse

Les Points sous les i, nº 2, 2011

Prendre un coq, ou plutôt trente-cinq, une vraie basse-cour, et passer du coq à l’âne, bel exercice de style, qui n’est pas vain, contrairement au coq…

Menés tambour battant par un Jean-Baptiste Harang virtuose, pétri d’érudition et expert en calembours, ces trente-cinq textes jubilatoires rayonnent d’esprit et de malice, et passent allègrement du badinage à... Lire la suite

L’Humanité, 31 juillet 2008, par Pierre Bergounioux

Le coq sans l’âne

Quelque 35 pièces virtuoses, parues dans la presse, réunies en volume, donnent une nouvelle dimension au symbole national. Nous devons un coq à l’auteur.

Les comptes rendus critiques de Jean-Baptiste Harang, dans Libération, les romans insolites qu’il écrit depuis une quinzaine d’années, le beau récit autobiographique publié en 2006, ; jQuery(document).ready( function() { jQuery("#press-list_btn").data('is_closed', true); jQuery("#press-list").hide(); jQuery("#press-list_btn").click( function() { if ( jQuery(this).data('is_closed') ) { jQuery(this).data('is_closed', false).html("Revue de presse "); jQuery("#press-list").show(); } else { jQuery(this).data('is_closed', true).html("Revue de presse "); jQuery("#press-list").hide('fast'); } }); });

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