que_dirai_je_aux_enfants
Que dirai-je aux enfants de la nuit ?

Collection jaune

Roman

192 p.

14,70 €

ISBN : 978-2-86432-198-9

Parution : mars 1994

Une fois encore ils sont là, vivants et morts, femmes et hommes : trois générations d’une même famille réunies dans un huis clos qui verra peut-être leur ultime confrontation.
La violence des affrontements ouvre dans l’histoire de chacun des trouées vertigineuses de lumière et d’ombre qui dessinent peu à peu l’héritage commun : la beauté généreuse mais calcinée d’une terre, la Provence ; un chêne qui, pour être signe de pérennité, n’en doit pas moins subir la blessure outrageante d’une taille régulière ; et un livre, Paroles d’un croyant, écrit par un prêtre héritier de 1789, mis à l’index pour avoir pensé que l’Église devait s’effacer devant le Peuple. Dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, la fidélité à ces figures mènera à l’égarement, à la collaboration – au bout d’une nuit bleue comme l’uniforme de la Milice.

Pour écarter la malédiction qui s’attache à sa généalogie et trouver une parole propre, Louise, la dernière venue, l’enfant de la nuit, s’engage au côté de ceux qui luttent les armes à la main. Mais le combat révolutionnaire suffit-il pour être quitte ? pour échapper à ce qu’elle appelle « la maladie du chêne », pour faire taire en elle la rumeur ? et pour que la réconciliation et la fin des douleurs ne soient pas abandon ?

Extrait

Mon chemin de Spolete, continue Bertini, c’est dans la micheline que je l’ai connu. Le général devait partir à Rome. Il faisait partie de la délégation française aux cérémonies de canonisation de Jeanne d’Arc. Mais avant, il voulait nous réunir. Un petit groupe d’anciens officiers. Des hommes sûrs. Il voulait qu’au moment même où, à Rome, la sainte serait célébrée, nous organisions ici des défilés, des manifestations. Bien sûr, il s’agissait d’honorer Jeanne d’Arc. Mais en même temps – et surtout – de manifester avec force notre opposition à toutes les tentatives de Rome de pactiser avec la République – depuis que Benoît XV avait succédé à Pie X, les idées libérales étaient en vogue au Vatican. Je me rendais donc chez le général. Avec la micheline. Et dans cette micheline il y avait une femme… Assise en face de moi. Une petite femme avec une extravagante capeline. Vous savez comment c’était avec la micheline. Quand la côte était trop forte, on avait tout le loisir d’en descendre et de marcher à côté. C’est ce que nous avons fait. Je l’ai aidée à descendre et nous avons marché à côté du train. Tout à coup elle s’est arrêtée : « Une aglantino ! Une erbo-de-Nosto-Damo ! Déjà ! » C’était une ancolie – mais ça, je ne l’ai su qu’après. Elle l’a cueillie. Et lorsque nous sommes remontés dans la micheline elle m’a expliqué que l’on en faisait des bouquets que l’on déposait devant les tableaux ou les statues représentant l’Annonciation : C’est l’image de l’amour parfait. De deux êtres qui ne font plus qu’un. Vous la voulez ? Et elle me l’a donnée. Lorsqu’on s’est séparés (elle descendait avant moi) elle m’a simplement dit : « Si les simples vous intéressent, passez me voir. » La suite, vous la connaissez. Mais à ce moment-là, j’avais l’air de quoi avec mon ancolie à la main ? Ne sachant où la mettre, je l’ai glissée entre les pages de mon livre de prières. Elle y est toujours. Je venais de passer par Spolete, mais je ne le savais pas encore. Le général m’attendait.

Revue de presse

Indications, nº 3, 1994, par Jacqueline De Cat

L’affaire Touvier et son récent procès viennent de rendre manifeste la difficulté – toujours présente après plus de cinquante ans ! – qu’il y a encore en France à envisager sereinement la période de Vichy.

Comment les enfants peuvent-ils assumer l’héritage de honte, l’héritage de ceux qui – ni meilleurs ni pires, abusés surtout – ont fait le mauvais choix, celui de la collaboration... Lire la suite

La Croix, 19 juin 1994, par J.-M. de Montremy

« Les enfants de la faute »

Dans cette partie-là de Provence, le soleil se livre sur les arbres, l’herbe et la pierre à une sorte de compression. Il n’y a pas d’autre bruit que celui des chaleurs sèches – une forme de silence, dans lequel les personnages de Michel Séonnet se trouvent eux-mêmes soumis à la terrible compression... Lire la suite

Le Monde, 22 avril 1994, par Florence Noiville

« L’insoutenable héritage »

Sur un thème brûlant – l’engagement milicien –, les débuts d’un étonnant styliste.

C’est un livre étrange et difficile. Un texte qui saisit d’abord par le rythme majestueux de son écriture, par sa phrase ample et sinueuse, sans cesse tentée par la digression, usant et abusant des parenthèses, tournant inlassablement autour de son sujet, hésitant... Lire la suite

L’Humanité, 25 mars 1994, par Jean-Claude Lebrun

« Regard perçant sur de coupables égarement »

Ce qui impressionne dans le premier livre de Michel Séonnet, c’est sa façon tranquille de s’emparer de sujets encore brûlants – la Milice pendant l’Occupation et le terrorisme gauchiste – tout en ne cessant pas d’afficher une haute exigence littéraire. Que dirais-je aux enfants de la nuit ? se présente à cet égard comme une réussite... Lire la suite

Radio et télévision

« Lettres ouvertes », France Culture, avril 1994