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Se survivre

Collection jaune

80 p.

10,00 €

ISBN : 978-2-86432-717-2

Parution : mars 2013

« Sur le lit, étalées, des photos du poète… Ce visage sur lequel je voyage, cabossé et plein de grottes – désespoir, désillusion, désenchantement – mais qui a survécu. »

Une promesse est au cœur de ces tableaux :
celle, faite par un jeune homme à un vieux poète dissident, d’écrire son histoire. Les années les ont éloignés, la promesse n’a pas été tenue. Le sentiment de cette dette resurgit quand le jeune homme se découvre gravement malade.
Il s’efforce alors de s’en acquitter.

Extrait

Lorsque je repensais à ces moments-là, tout ce que je faisais de la maladie pour l’apprivoiser se crevait. Rien que des décors éteints, et le noir derrière. Même pas l’horreur ou le chaos. Rien. Et pas le rien de tout avec ses perspectives de prédestination en arrière-fond, mais un rien vide.
Alors, la révolte. Contre quoi ? Contre qui ? Contre les attentes déçues ? Mais a-t-on jamais cru à ce qui finit par décevoir parce qu’on semble avoir attendu en vain ? Attentes vagues, promesses non faites ou simplement faites d’avoir été des espoirs non contredits, de s’être laissés accroire.
Ce à quoi on s’attendait ? Impossible de préciser. Un regret flottant et sans objet, une douleur de ne pas être, qu’on chasse, et nous voici sur le seuil des si j’avais su, de tout ce en quoi on est prêt de plonger – rivière boueuse où s’empêtrent un tapis d’algues, autant d’entraves, et aussi ce regret des amours perdues, d’une jeunesse révolue –, embués et plombés par des plaintes, par le silence quand on est condamné, par les désirs frustrés qui cachent un deuil autrement plus vaste et enveloppent tout de brume, nous pénètrent à notre insu, nous voilent, nous font vieillir.
Tout a menti, rien n’a tenu promesse. Pourtant rien n’avait fait de promesse. Rien n’a jamais parlé. Tout se tait. Ou écoute peut-être. Sinon pourquoi cette féerie qui s’était mise en scène depuis que j’étais tombé malade ? Ces décors transparents, si particuliers, sur quoi la nuit, pendant les siestes, se projetaient les rêves. Les rêves bien sûr. N’étaient-ce pas eux les vrais compagnons ? Eux et ces nuits qui commençaient n’importe quand, s’achevaient quand elles voulaient pour recommencer, revenir, mourir comme des rouleaux de vagues. Les nuits en une longue nuit et quelques aurores vite éteintes. Les nuits et comme le souvenir d’une très longue éclipse.
C’était pourtant par le jour qu’avait commencé la nuit : en pleine lumière. Comme souvent avec les grandes évidences existentielles. Par une extase étrange, qui n’empruntait rien à un soleil plein feu, sans nuage rose orangé et sans horizon : le spectacle aveugle d’une éternité qui tue.
Ça, j’étais encore incapable de l’écrire.

Revue de presse

L’Infirmière libérale, décembre 2013

La dette

Une promesse est au cœur de ces sept chapitres : celle faite par un jeune homme à un vieux poète dissident vietnamien d’écrire son histoire. L’auteur apprend, à 35 ans, qu’il souffre d’un cancer. La maladie l’isole et lui offre le contexte nécessaire pour se souvenir de cette rencontre… Tiendra-t-il sa promesse en pleine... Lire la suite

Télérama, 19 juin 2013, par Nathalie Crom

Ce sont sept textes en prose, sept méditations dont la succession trace un parcours, raconte une expérience intime et essentielle. « Depuis mon hospitalisation en urgence un soir, après qu’on m’eut annoncé que les douleurs sans cause dont j’avais souffert depuis des mois étaient en fait un cancer, j’étais devenu un habitant de ce rien qui... Lire la suite

Notes bibliographiques, mai 2013, par C. Raynaud de Prigny

Médecin exigeant, attentif aux autres, écrivain d’une rare subtilité, Patrick Autréaux l’a déjà prouvé (Le Dedans des choses, N.B. avril 2012). Atteint d’une grave maladie il s’observe, se raconte, voudrait tenir la promesse faite il y a quelques années à un ami, poète vietnamien, d’écrire son histoire. Au fil des pages il décrit avec pudeur l’évolution de... Lire la suite

La Liberté, 20 avril 2013, par Florian Quentin

Écrire pour renaître

Le dernier récit de Patrick Autréaux plonge à nouveau son lecteur dans l’univers effrayant de la maladie. Après Dans la vallée des larmes (2009), Soigner (2010) et Le Dedans des choses (2012), publiés tous trois aux éditions Gallimard, l’auteur clôt un cycle littéraire consacré à l’écriture du moi malade. Une succession de tableaux, touchants, captivants, accompagnés de nombreuses... Lire la suite

Art press, mai 2013, par Jacques Henric

Proses des frontières

II n’est de vie humaine qui ne soit traversée de frontières. Certaines poreuses, aisées à traverser. D’autres traçant une ligne de partage qui une fois franchie laisse peu d’espoir de retour à un lieu et un temps d’origine. Celle, bien sûr, absolue séparant vie et mort. Rien à en dire, personne pour... Lire la suite

Le Matricule des anges, avril 2013, par Thierry Cecille

La maladie serait-elle la dernière forme de destin capable, sans crier gare, de nous confronter à ce qui nous dépasse et au bouleversement intime le plus profond ? Le mot est là, d’emblée, dès la première page : le cancer. Sitôt qu’il est dit, celui à qui on l’annonce passe de l’autre côté d’une frontière invisible mais... Lire la suite

Radio et télévision

« 28 minutes », dans le cadre du sujet « Écrivains : comment raconter la maladie ? », Arte, jeudi 23 janvier 2014, à 20h05