Sur la rive du Gange
Domra

Der Doppelgänger

Roman. Traduit de l’allemand (Autriche) par Éric Dortu

256 p.

18,25 €

ISBN : 978-2-86432-424-9

Parution : octobre 2004

Sur la rive du Gange, depuis des temps immémoriaux, se déroule chaque jour le rituel immuable de l’incinération des morts, ou celui, réservé aux êtres purs – enfants et saints – de l’immersion dans le fleuve. De ces cérémonies, les domras sont les officiants : leur caste veille sur le feu sacré qui sert à allumer tous les bûchers.
Sur les Ghâts où ont lieu les crémations, il est interdit de filmer, de photographier et même de dessiner, quoique les animaux y circulent librement et que les cendres des morts, une fois les bûchers éteints, ne fassent l’objet d’aucun soin particulier.
Il n’est pas interdit de prendre des notes ; pourtant, en décrivant minutieusement les spectacles terribles et grandioses qui s’offrent à lui, mêlés aux réalités les plus triviales de la vie quotidienne, le narrateur fasciné sait qu’il ruse avec l’interdit.
Comme à Naples et à Rome dans Cimetière des oranges amères et Natura morta, ses précédents livres, Josef Winkler emporte en Inde le memento mori qui traverse toute son œuvre. Écrit à la lueur des bûchers funèbres, Sur la rive du Gange est un grand livre sur l’Inde, baigné de joie tragique, où le romancier relève le défi qu’il s’est lancé depuis qu’il écrit : celui de ne jamais fermer les yeux face aux réalités les plus terribles de la vie.

Extrait

Au cours de nos premiers jours à Varanasi, nous allâmes à pied à la Godaulia et mon attention fut particulièrement attirée, dans les ruelles étroites, par une chèvre tachetée de blanc et de brun foncé qui grignotait un gros bâton fendillé à demi carbonisé, recouvert d’une pellicule grise de cendre. Tandis que ma compagne retrouvait chez un confiseur les sucreries indiennes de son enfance – « c’est exactement la même odeur qu’autrefois ! » –, j’étais assis dans le pousse-pousse, la langue paralysée, complètement épuisé et abattu par les impressions nouvelles et les images insolites qui se présentaient à moi, et j’observais le mouvement des côtes du chauffeur au torse brun qui pédalait en direction de notre hôtel. C’est à ce moment-là que je me demandai si le misérable petit muet que j’étais – ma compagne, pendant ce temps, s’extasiait sur le goût de pistache d’une friandise – si l’être privé de langage que j’étais ne ferait pas mieux de se précipiter hors du pousse-pousse et de se jeter sous les roues du gros camion qui arrivait en sens inverse, et je murmurai alors plusieurs fois à voix basse, agrippé à l’armature en bambou du pousse-pousse, le regard rivé sur le mouvement des côtes de notre chauffeur au torse brun qui pédalait : « Jamais plus tu ne pourras écrire une phrase ! » Ce soir-là, j’assistai à un concert privé donné dans la salle à manger de l’hôtel, assis, derrière les autres spectateurs, sur les marches d’un escalier menant à la terrasse, et tandis que je fixais la chanteuse et le joueur de cithare, je me mis à pleurer, dissimulé derrière un pilier de la rampe, et mordis jusqu’au sang l’ongle de mon pouce droit, le dos de la main inondé de larmes et de morve.

Revue de presse

Bulletin critique du livre en français, janvier 2005

Sur la rive du Gange est l’avant-dernier ouvrage – Wenn es soweit ist, Quand l’heure viendra, publié en 1998, a déjà été traduit en 2000 chez Verdier –, de Joseph Winkler, écrivain autrichien né en 1953 en Carinthie dont l’œuvre, diffusée en France avec persévérance par les éditions Verdier, apparaît peu à peu comme une des plus singulières de notre... Lire la suite

La Montagne magazine, 26 décembre 2004, par Daniel Martin

Josef Winkler, maître provocateur

Dans la grande tradition autrichienne, Josef Winkler a sa place, l’une des premières.

La récente nobélisation d’Elfriede Jelinek incitera peut-être les lecteurs à se tourner plus souvent vers la littérature autrichienne qui a cette particularité de produire de grands auteurs sans en tirer de réels profits. Les succès de Thomas... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er décembre 2004, par Anne Thébaud

Memento mori

Ce roman s’inscrit parfaitement dans le prolongement des précédents récits de l’auteur qui explore, de façon systématique, la mémoire des morts. Dans Quand l’heure viendra, l’auteur s’attachait à la recension des morts de son village natal de Carinthie auxquels il rendait hommage en les tirant de l’oubli. Que cette fois le romancier se... Lire la suite

Le Magazine littéraire, décembre 2004, par Claude-Michel Cluny

L’art de la fugue

Josef Winkler se tient Sur la rive du Gange : il y orchestre l’incompréhensible banalité de la mort, les bûchers funèbres et l’offrande des corps. Une voix singulière, âpre et déconcertante.

Le jour viendra, le jour est venu, insupportable, inoubliable et fondateur, dont la vision térébrante des deux morts pendus nus et... Lire la suite

TGV magazine, novembre 2004, par Philippe Di Folco

Sur la rive du Gange

On se souvient du Cimetière des oranges amères (1998) dans lequel l’Autrichien Josef Winkler offrait, entre Rome et Naples, le ravissement promis aux lecteurs en quête de pèlerinages nostalgiques et de vieux parapets, comme si les ombres fantomatiques de l’empire austro-hongrois n’en finissaient plus de s’épandre. Ce livre-ci ne manque pas non... Lire la suite

Livres hebdo, 1er octobre 2004, par Jean-Maurice de Montremy

Mort sur le Gange

L’Autrichien Josef Winker s’installe au bord du Gange près des bûchers funéraires. Il observe la mort, les passants, la ville. Un puissant poème en prose d’une grande force visuelle.

Après Naples, avec Cimetière des oranges amères (Verdier, 1998) puis les marchés de Rome, avec Natura morta (Verdier, 2003), Josef Winkler continue d’observer, son carnet... Lire la suite