un_peu_de_bleu
Un peu de bleu dans le paysage

Collection jaune

112 p.

10,55 €

ISBN : 978-2-86432-347-1

Parution : octobre 2001

Au début de la Gaule romaine à la fin du deuxième millénaire, la zone imprécise, plissée, qui sépare l’Auvergne de l’Aquitaine a vécu séparée. De là les sombres permanences, les bizarreries, les particularités qu’on pouvait, tout récemment encore, y observer. Lorsque le mouvement, le présent, l’ont tirée du sommeil, elle n’a pas hésité. Elle s’est retirée sans bruit, les yeux ouverts, dans le passé.

Extrait

Il habite – chacun transposera – en lisière du bourg une maisonnette basse de granit et d’ardoise, en retrait de la route, sur une bande de terrain déclive tournée au midi. À côté de l’habitation, appuyé au mur de soutènement de la propriété voisine, un appentis en planches sous de la tôle ondulée abrite des outils, une enclume, des seaux et des caisses, et, aux beaux jours, le vélomoteur.

L’habitant, comme la maison, comme l’enclos, se dérobe aux regards. Promis, dès sa naissance et, avant cela encore, quand il hantait les limbes, à la vie frontalière, sans consistance ni survivance que l’ordre des choses lui assignait, il mène une existence aléatoire et peu visible. Sans terre que les deux ares sablonneux dont il tire sa pitance, sans bien que les deux pièces sombres de la petite maison froide où se passent ses jours, nuls soins, nulle obligation ne le conduisent aux emplacements précis où les choses réclament, à heure fixe, leur tribut de travaux et de peines, le personnage qu’avec ou sans notre aveu, sous leur dictée, nous aurons un instant composé. L’automne ne l’entraîne pas, la houe à la main, une botte de plants sur l’épaule, vers les hauteurs livrées à la bruyère et les creux pleins de joncs pour y multiplier les sapins, ramener l’origine, le règne des grands bois. Il n’a rien à faire sous le soleil, aux jours de feu qui jettent les éleveurs dans les prairies, pour la fenaison. Il n’a pas de cheptel – ça vient, dit-on, de capital – faute de terre pour porter des bêtes et des bois, seules ressources des terres pauvres. On l’apercevra, si on l’aperçoit, aux heures désertes où chacun s’enferme ou se repose, aux soirs indécis, parmi les spectres de la neige, ou bien aux aubes pourpres et mouillées, quand tout périclite et rouille aux bois d’octobre et que les champignons tiennent des conclaves secrets. Il déboule sur la mobylette antédiluvienne, bleu ciel, à l’arrière de laquelle est assujetti un cageot qu’il a peint du même bleu exact, scrupuleux, que l’engin, que la fumée chargée d’huile qui flotte dans son sillage bien après qu’il a disparu.

Revue de presse

Le Monde, 28 décembre 2001, par Patrick Kéchichian

L’ordre, à deux pas du chaos

Pierre Bergounioux, avec cette probe rigueur qui est sa marque, raconte et médite, d’un même mouvement, le monde qui est le sien

C’est en écrivant au plus près de lui que Pierre Bergounioux dépasse la mesure et les limites de sa personne. Et c’est à ce curieux paradoxe que... Lire la suite

Radio et télévision

« Un livre », France 2, 19 octobre 2001

« Du jour au lendemain », France Culture, 8 octobre 2001, 0 h 05

« Le Livre du jour », France Culture, 1er novembre 2001, 11 h 25 et 17 h 25

« Des mots de minuit », France 2, 14 novembre 2001, 1 h 00

« Première édition » par Pierre Assouline, France Culture, 26 novembre 2001, 8 h 00