l_ange_d_avrigue
L’Ange d’Avrigue

Terra d’altri

Roman. Traduit de l’italien par Philippe Renard

136 p.

13,18 €

ISBN : 978-2-86432-115-6

Parution : octobre 1990

Marin que le « mal du fer » (l’angoisse des traversées) rive à sa terre de Ligurie, près de la frontière française, Gregorio déchiffre peu à peu autour de lui les signes d’une mort qui, à travers l’errance ou la drogue, bouleverse un pays autrefois familier. La disparition de Jean-Pierre, le jeune ami silencieux, est-elle meurtre ou suicide ? Plus que les femmes croisées par Gregorio, qui ajoutent leur solitude à la sienne, c’est le dialogue abrupt de la mer, des roches et du vent qui accompagne son enquête, de fulgurantes intuitions en gouffres obscurs, sur la frontière. Une voix loyale et forte, dont le lyrisme bref évoque la grande poésie ligure (Sbarbaro, Montale, Caproni), par ses pleurs retenus devient secrète consolation, tisse un thrène sans pathos, comme un lumineux congé.

Extrait

L’homme, presque un vieillard sacré, expliqua qu’il avait marché toute la nuit pour descendre, pour fuir le vent de neige (l’auro de nèu) ennemi de ceux dont les biens étaient ces bêtes faites de sang, du sang de Dieu.

Il parlait provençal en une étrange cantilène : la cadence des Alpes maritimes ; à des tons aigus comme des sanglots faisaient suite des sons descendants qui traînaient, des douceurs de berceuse.

Il regarda avec tristesse un bataillon de chèvres hors du troupeau et déjà sur la ligne de faîte : elles écimaient des genêts épineux et tordaient le museau en avalant. Il se plaignit de l’herbe, là autour, toute dure et sèche. Les nuées de haute mer (dis auti mar) n’étaient pas venues en automne et maintenant à la sécheresse succédait le gel.

Gregorio l’invita à descendre dans les olivettes car de toute façon elles étaient à l’abandon : il ne pouvait pas faire de dégâts. Mais le berger refusa de la main. Les paysans n’aimaient pas « lou pastre », ajouta-t-il. Au berger, à « lou pastre », dit-il résigné, étaient destinés seulement la pierraille, les terrains maigres ou les roches sur la mer où poussaient une herbe dure comme de la ficelle et des broussailles qu’aucune bête n’appréciait.

Quelle étrange cantilène. À des tons stridents faisaient suite d’autres plus bas et plus longs. On comprenait difficilement. Mais à qui parlait-il ? L’homme semblait parler aux anges ou à lui-même.

Revue de presse

Note d’Italo Calvino

Il y a des romans-paysages comme il y a des romans-portraits. L’Ange d’Avrigue, page après page, heure par heure, vit de la lumière du paysage âpre et escarpé de l’arrière-pays ligurien, à son extrémité du Ponant : la frontière française.

Comme s’il suivait une morale tacite et libertaire, le personnage principal refuse de juger la façon... Lire la suite

L’Indépendant, 20 novembre 1990, par Serge Bonnery

À l’orée du silence

Il règne sur l’arrière-pays ligurien un silence monacal. À peine entend-on une cloche. Et le sifflement qui donne au vent ses notes méditerranéennes. C’est ici, autour de cette falaise peuplée d’ombres à l’heure violette, que Francesco Biamonti situe son roman L’Ange d’Avrigue.

L’histoire est celle de Gregorio, un marin rongé par... Lire la suite

Le Magazine littéraire, mars 1991, par Jean-Paul Manganaro

[…] Que résumer, ou retenir d’histoire en ce que Calvino appelait un « roman-paysage » ? Loin de la plaine du Pô qui était le paysage de Tout l’or du monde, le roman de Francesco Biamonti palpite des lumières de la Ligurie : non point la Ligurie touristique et assourdissante de San Remo ou de Portofino, mais celle, immensément... Lire la suite