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Le Corps du soldat

Collection jaune

Roman

144 p.

13,18 €

ISBN : 978-2-86432-173-6

Parution : septembre 1993

Trente ans plus tard, peut-on inverser le dénouement d’une histoire d’amour et de mort ? C’est le thème de la pièce qu’un couple de comédiens joue pour la dernière fois. Ils ont mis en scène la Guerre d’Algérie, telle que le narrateur du roman en garde mémoire.
Pour cette ultime représentation, les deux hommes sont revenus à Heavenbad, ville de canaux dont le rituel touristique cache d’innommables secrets. Le Corps du soldat est le dernier acte de la tragédie du souvenir. Un exorcisme que le personnage principal mène à son paroxysme, après que son compagnon malade l’a quitté. Il erre dans la ville morte, à la recherche de l’homme sans regard qui, comme lui, aima jadis l’enfant-soldat dont la chair sacrifiée est au cœur de l’histoire.
Le Corps du soldat est le récit d’une vengeance, seule violence possible dans un monde perpétuellement en guerre. Après Le Labyrinthe au coucher du soleil et Le Balcon d’Angelo, ce roman est le troisième volet d’une patiente épreuve de la mémoire, un huis clos impitoyable où le partenaire est le porte-parole et le témoin du passé. Les crimes ont toujours pour cible le bonheur des autres. Comme dans les polars, dont Le Corps du soldat est parfois un subtil pastiche, il arrive que la victime retrouve le bourreau, tapi derrière son reflet, et ne sache plus ce qui de la haine ou de l’amour inspire le meurtre.

Extrait

Le troisième jour après notre arrivée, à l’heure de la sieste, le sergent donna le spectacle qui l’avait rendu célèbre dans toute la compagnie, une sorte de tribunal sommaire où de juge il se transformait en bourreau. Ce simulacre de justice immanente avait établi sa réputation. Il en répétait de loin en loin le rituel pour maintenir son autorité et sa légende.

L’accusation portée sur les villageois était dérisoire, le plus souvent inventée. Enfreignant les règles, huit hommes auraient été aperçus dans une rue du village après le coucher du soleil. Les coupables étaient convoqués au poste. J’ai toujours pensé qu’ils choisissaient eux-mêmes leurs boucs émissaires. Le chef du village faisait en sorte que tous les hommes valides subissent à tour de rôle les foudres de l’envahisseur. Le sergent-chef alignait les hommes au garde-à-vous, répétant l’ordre une bonne douzaine de fois jusqu’à créer un climat de panique. Il passait lentement devant eux, au plus près de leur corps dans ce goût qu’il avait de la promiscuité physique que le respect de la hiérarchie rend équivoque, s’arrêtait longuement pour rectifier du bout de sa badine l’alignement d’une jambe tremblante, frappait d’un coup sec une main qui ne gardait pas l’immobilité, redressait d’un coup plus violent une tête inclinée. La terreur s’imposait peu à peu qui gagnait les soldats eux-mêmes, au début supporters narquois, puis témoins muets des atrocités. Lorsque l’état de prostration était enfin obtenu, le sergent enfilait des gants qu’il réservait à cet office. Il se figeait face au premier de la rangée et frappait son visage de son poing. Si le fellah criait, il cognait une deuxième fois, un coup bref et précis qui atteignait l’arcade sourcilière. Chacune des huit victimes était ainsi méthodiquement tabassée.

Revue de presse

Indications, novembre 1993

« J’avais tenté d’abolir la mémoire en donnant la réplique à Maurice, chaque soir de ma vie, dans nos pièces à deux personnages, mais cette nuit, accoudé au bar du Transit, je compris que je n’avais rien réglé et que la pièce qu’il avait écrite pour moi, ces Larmes du petit soldat, que nous avions jouée... Lire la suite

Le Monde, 24 septembre 1993, par Jean-Claude Brochier

Dans la nuit de Heanvenbad : un port abandonné, un bar à l’enseigne effacée, des ombres discrètes. Un envoûtement signé Hugo Marsan.

Dans la nuit de Heavenbad

Notre collaborateur Hugo Marsan vient de publier un nouveau roman, Le Corps du soldat. Notre confrère Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, a accepté d’en rendre compte.

... Lire la suite

Télérama, 8 septembre 1993, par Michèle Gazier

Théâtres d’ombres

[…] Fuyant le conformisme du récit linéaire ou du mélo, Hugo Marsan piège son lecteur dans une sorte de thriller métaphysique qu’il situe dans une ville grise du nord de l’Europe, comme les chante Jacques Brel. Il faut imaginer Le Corps du soldat comme un film dont les brèves séquences passent du noir et blanc... Lire la suite