Spaccanapoli

Terra d’altri

Nouvelles. Traduit par Michel Arnaud

160 p.

15,01 €

ISBN : 978-2-86432-080-7

Parution : mars 1989

Avec ses accents fiévreux et hallucinés, dans la lignée des écrivains toscans du XIVe siècle, notamment Boccace, et des baroques napolitains comme Giambattista Basile, Spaccanapoli affirme une puissance expressive insolente, faite de satire et de trivialité, de passion et de cynisme.

Du mitron campagnard devenu gangster en Amérique aux miséreux qui se pressent dans une cave sous les bombardements, du jeune homme saisi de variole qui découvre un étrange hôpital au mauvais fils rendant à son père la monnaie d’une éducation de « bâton et petits pains », Domenico Rea, dans sa fureur de conter, campe les personnages d’un Sud à la fois précis (Salerne et Tarente plus que Naples) et improbable.

Extrait

Dans notre doux pays, c’était par la renommée que la guerre était arrivée. Chez les plus instruits, on la suivait grâce à la radio et aux gazettes, comme un championnat de football. Les uns prenaient parti pour les Américains, les autres pour les Allemands, avec les plus grands éloges pour tout le monde, sauf pour nous. On se frottait les mains dans l’espoir de la défaite prochaine ; si par hasard cette dernière constituait une préoccupation, c’était par crainte du retour de la paix qui était aussi celui de la légalité commerciale et des taxes sur les profits de guerre. Dans un pays aussi tranquille, le reste n’avait pas d’importance ; on peut même dire que le désir de nouveauté était très vif chez les esprits les plus somnolents.

Beaucoup d’oisifs devaient à « l’obscurité » la prospérité de leurs commerces clandestins. Les mêmes paysans qui, un an auparavant, ne vendaient pas dix choux pour un sou, commençaient maintenant à les écouler comme des journaux, à une lire chacun, jusqu’à ce qu’on en arrive – chose inouïe ! – à peser les légumes.

La « classe moyenne » en devint folle de rage. Mais ils étaient peu nombreux et respectueux en outre de la correction et de la continence, sacrifice nécessaire pour sauver les apparences. Les riches et le petit peuple en revanche – les premiers grâce à ce ruban isolant qu’est la richesse, les seconds grâce à l’élasticité de leur décorum – affichaient des visages gras comme des fesses.

Revue de presse

Le Nouvel Observateur, 23 février 1989, par Dominique Fernandez

La difficulté de rendre la réalité physique d’une rue de Naples, ce mélange unique d’odeurs, de bruits et de couleurs, de beauté et d’ordures, de faste et de misère, explique que la littérature napolitaine, si riche, si savoureuse, n’ait jamais trouvé audience à plus de cinquante kilomètres du Vésuve. Bonne chance aux éditions Verdier, qui... Lire la suite