Un été de glycine

Collection jaune

Roman

112 p.

ISBN : 978-2-86432-428-7

Parution : janvier 2005

Ceci n’est pas un essai. Ce n’est pas non plus un roman.
Sauf à dire que la vie est roman.
Alors, que ce qui se trouve ici en soit un, puisqu’il y est question de ce qu’il fut, lui, William Cuthbert Faulkner et du comté d’Yoknapatawpha où il vécut, et à ce propos, à propos de lui et de ce comté où je me souviens avoir grandi moi aussi, de deux ou trois choses que je peux me rappeler, que je vois bouger doucement dans le lointain, dans ces années que je grandissais.
M.D.

Par-delà le temps, des bords de Loire à ceux du Mississippi, une dyade pourpre se dit dans l’éclatement temporel de cet été de glycine. La beauté, sous nos yeux, alors doublement s’écoule.

Extrait

Et ce devait être parce que cette femme-là très jeune et qui allait mourir en faisait venir une autre, connue de vous seule et depuis si longtemps sans que jamais elle ait pu s’éloigner et vous laisser en paix, cette autre encore jamais dite, encore jamais écrite, mais assise là dans votre tête depuis tant d’années sur la chaise avec laquelle on la porte de son lit à la voiture qui l’emmène à la clinique ou à l’hôpital, vous avez neuf ans, vous ignorez où elle va, tandis que déjà dit-on elle saigne, elle saignera toujours, trente, quarante années plus tard elle est encore de l’autre côté de la rue à saigner sur sa chaise, et vous qui êtes là vous voyez à la fenêtre d’en face la très vieille grand-mère qui a élevé la petite, qui d’une main soulève le rideau et de l’autre dit adieu, bon courage, ma petite, vous la voyez encore, et l’autre, la petite, la toute jeune, qui part, elle part comme vous n’avez jamais vu qui que ce soit d’humain, de vivant, partir, vous n’avez jamais vu quelqu’un autant partir, c’est ce que je veux dire, et vous savez bien ce que c’est, vous savez ce que c’est que le visage que cette très jeune fille tourne vers la maison qu’elle quitte, silencieuse et tragique et pleine de vaillance, ou résignée peut-être ; sans le savoir, sans mémoire ni imagination, vous avez neuf ans, vous comprenez ce que c’est qu’un départ comme celui-là, et la fin des choses à quoi déjà, comment se fait-il, vous pensez tant. Elle n’a pas vingt ans, pas dix-neuf, ni même dix-huit ou dix-sept à ce qu’on dira plus tard, et le visage de ceux qui vont tout perdre, tout quitter et qui le savent, comme ils savent qu’ils ne reviendront pas – comme vous-même qui avez neuf ans le savez, vous ne faites, éperdument, que le savoir, dans cette région obscure, infaillible de la mémoire millénaire, de la mémoire dit-il qui connaît sans savoir – elle s’en va jeune et belle mourir de tout son sang sur un lit d’hôpital, l’épais chaud et sombre liquide qui coule du ventre d’où l’enfant ne voudra pas sortir, ne sortira pas bien qu’il fût porté par le flot ténébreux et brûlant, et alors il restera là, lui le petit d’homme, de plus en plus seul, de plus en plus petit et recroquevillé dans la coque encore chaude qui est la seule chose qu’il connaît et connaîtra jamais. Oui peut-être dans sa mémoire à lui faite de tout ce qu’il ignore et ressent, cet instant-là est-il le seul qu’il puisse reconnaître et accepter un jour après toutes ces années d’inexistence, comme on accepte ce qui fait partie de soi, et peut-être aussi, lui qui n’a pas d’âge, déjà le sait-il, d’une connaissance millénaire, ancestrale dont personne n’aurait su, comme d’un chemin, dénier la trace ni l’infaillible direction.

Revue de presse

Le Monde, 10 juin 2005, par Patrick Kéchichian

L’univers sans limite d’un petit comté

Michèle Desbordes ne fait pas brutalement irruption dans l’histoire de ceux qu’elle choisit pour sujets de ses livres. Elle semble habiter auprès d’eux depuis longtemps, partager silencieusement, depuis toujours, leurs soucis, leurs douleurs, ou même leur folie. Léonard de Vinci dans La Demande, Camille Claudel dans La... Lire la suite

Libération, 17 février 2005, par Jean-Baptiste Harang

Monsieur William

De ces textes qu’on lit d’ahan, de confiance et de fébrilité tant la langue qui les tend menace de se briser à la moindre inattention, au moindre repos, qu’elle a besoin pour vivre de notre œil fiévreux de peur que le fil-de-fériste ne se fracasse au fond du vide, de ces textes on... Lire la suite

em>Madame Figaro, 29 janvier 2005, par Alexandre Fillon

Un été de glycine

Ni essai ni roman, le nouveau livre de Michèle Desbordes se lit surtout comme un resplendissant hommage à la littérature, plus particulièrement à celle laissée par William Cuthbert Faulkner, écrivain nobélisé et inventeur de contrées imaginaires. Très inspirée, Michèle Desbordes vous atrape par le col pour vous replonger dans le comté... Lire la suite

La Libre Belgique, 21 janvier 2005, par Monique Verdussen

Des chagrins qui font des livres

En osmose avec Faulkner, Desbordes marque l’infime distance entre bonheur et malheur.

Mieux vaut avoir lu William Faulkner ou, au moins, connaître sa vie et son univers littéraire avant d’entrer dans ce livre, certes envoûtant, mais étrange et, au premier abord, terriblement déroutant. Après Camille Claudel qui lui... Lire la suite

L’Humanité, 13 janvier 2005, par Jean-Claude Lebrun

Déjà il lui parlait

Yoknapatawpha, le nom se tient là, dès la première ligne du livre. Il va régulièrement revenir, telle une image sur laquelle le regard n’aura jamais cessé de se fixer. L’on sait bien sûr déjà qu’il va s’agir, dans ce nouveau récit de Michèle Desbordes, de William Faulkner et de son comté... Lire la suite

Livres hebdo, 10 décembre 2004, par Jean-Maurice de Montremy

Ma cabane au Yoknapatawpha

Michèle Desbordes a grandi au pays de Faulkner, dans un comté imaginaire. Un été de glycine invente l’autofiction d’une fiction.

Un été de glycine n’est pas un essai sur Faulkner, ni l’évocation de certains souvenirs – anciens – qui ont marqué Michèle Desbordes (prix France-Télévisions 1999 pour La Demande). C’est un roman comme s’en... Lire la suite

Radio et télévision