Revue Faenas, nº 2
Le torero et la baleine

Faenas

128 p.

13,18 €

ISBN : 978-2-86432-169-9

Parution : avril 1993

Sommaire

Éric Barbier et Jacques Durand, P comme Paquirri (entretien)

Marie-Laure Bernadac et Jean-Marie Magnan, Picasso, Leiris, Cocteau

Marcel Carayon, Manuel Enriquez, matador de novillos

Philippe Caubère Le torero, le théâtre et la baleine (entretien)

Camilo José Cela, À propos de deux toreros morts

Pierre Dumayet, Une lettre

Ernest Hemingway, La capitale du monde

Joël Jacobi, Tentations

Antoine Martin, L’avatar d’un fauteuil-club

Pierre Michon, Francisco Goya

Jean Rossi, Tu me fends le cœur

Eugène Sue, El Gitano

Extrait

 

Éditorial

 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui, inlassablement, devint torero. Qui ne se contenta ni d’une vocation ni d’une cérémonie, pas plus que de la reconnaissance des uns et des autres. Qui, comme tous les toreros pour l’histoire, fit tourner sa vie entière autour de cette folle recherche. Et fit tourner sa mort.

La mystérieuse aventure de la tauromachie, telle qu’elle s’est incarnée pour nous dans le destin de Nimeño II, garde la profondeur et la résonance de toutes les quêtes absolues.

Ceux qui ont côtoyé Christian Montcouquiol connaissaient son regard amical, mais ferme, et fermé. Clos, dès que l’on atteignait les terres où l’on savait bien qu’il était le seul à pouvoir pénétrer. Le territoire inaccessible où l’on attend, jour après jour, que sorte LE taureau.

La dernière apparition en public de Nimeño se fit à Paris, à la fin du mois d’octobre 1991. Une brochette de vieux traiteurs de réputations, persuadés que la métaphysique peut se poser sur une cheminée, l’avait convié à la remise d’un trophée. On croisa ce jour-là un regard apeuré, sans fin, sans espaces protégés, que l’on ne connaissait pas.

C’est l’histoire d’un vieil homme qui court les mers. Qui court après une baleine blanche, rencontrée sur l’horizon quelques années plus tôt. Moby Dick, qui lui arracha la jambe. Depuis ce jour, toute la vie du capitaine Achab tourne autour de ce mal qu’il a nommé. Un appel dramatique et merveilleux, habillé de vengeance. Le chef-d’œuvre d’Herman Melville éclaire toutes les aventures qui font de l’homme l’objet même de leur recherche. Moby Dick est donc un roman taurin, nous l’avons lu ainsi.

Depuis la mort de Christian Montcouquiol, un semblant de lutte continue, comme si de rien n’était. Comme si le sens ne nous avait pas chassés, comme à chaque fois que l’on s’en approche. Personne n’a voulu penser la mort de Christian. Ainsi, personne ne voit encore l’extrême solitude dans laquelle grelotte désormais la foule des arènes. Quelques jeunes toreros français, héritiers désespérés et seuls, ont même absurdement tiré l’échelle : c’est toujours ce que la mort propose.

« Ohé, Achab, cria Starbuck. Il n’est pas trop tard pour abandonner, même aujourd’hui. Regarde, Moby Dick ne te cherche pas ! C’est toi, toi seul, qui la poursuis !… »