Le Triple du plaisir

Philosophie

96 p.

10,65 €

ISBN : 978-2-86432-265-8

Parution : février 1997

La pensée antique s’était formé du plaisir une représentation construite.
Un paradigme : étancher sa soif, assouvir sa faim.
Un axiome : le plaisir est incorporation. On ne peut saisir ce que cela signifie qu’en distinguant, de part et d’autre du plaisir, deux autres termes : l’acte sexuel et l’amour.
Plaisir, coït, amour constituent ainsi le triple du plaisir. Si le plaisir est incorporation, les termes peuvent-ils se combiner harmonieusement ? Telle est la question des sages. Elle recèle un piège : au régime de l’incorporation, plaisir et coït jamais ne se noueront. Ou : il n’y a pas de plaisir sexuel.
La philosophie propose ses solutions. Platon d’un côté : chasteté, prédilection, amours masculines ; Lucrèce de l’autre : multiplication des contacts, indifférence, amours féminines tout autant que masculines. Si opposées qu’elles soient, les deux solutions s’inscrivent dans un même paradigme, fondé sur la même évidence.
Voilà précisément ce que les modernes refusent. Nous sommes tous bien convaincus que le plaisir sexuel est possible en droit. C’est là le symptôme d’un bouleversement. Il a des conséquences. Une au moins : nous ne pensons plus le plaisir au registre de l’incorporation, mais au registre de l’usage. Témoignent du changement, la théorie marxiste de la valeur et la théorie freudienne du fétichisme. Ainsi le plaisir devient-il de part en part marchand et la marchandise devient l’alphabet du plaisir.
À un tel univers, le charme fait grandement défaut. Aussi la philosophie revient-elle et notamment Platon. Emmailloté le plus souvent dans les langes académiques, réduit à des bêlements plaintifs, il arrive parfois qu’il fasse entendre son discours avec une violence digne de lui. C’est le moment de Sade, de Baudelaire, de Pasolini, de Foucault. Ne trouvera-t-on cependant, pour nous délivrer, que les cygnes d’autrefois, pris dans les glaces de notre temps et condamnés au sol dur ? Je ne le crois pas.

Revue de presse

Libération, 3 mai 1997, par Marc Ragon

Que peut-on penser et vivre qui soit de l’ordre des plaisirs, dans une modernité qui pense le commerce entre les individus sous le registre de la marchandise « ainsi le plaisir devient-il de part en part marchand et la marchandise devient l’alphabet du plaisir ». Dans cet univers moderne « sans qualités », le plaisir ne s’entendrait plus que... Lire la suite

Choisir, septembre 1997, par A. Billecoq

L’analyse matérialiste du plaisir, telle que l’entreprend l’auteur, montre que la culture occidentale a tenté de nouer plaisir, coït et amour (p. 19). Cependant force est de constater qu’une coupure marquée par l’avènement de la physique quantitative s’est opérée quant à la conception de leurs rapports entre l’Antiquité pour qui il n’y a pas de plaisir... Lire la suite

Libération, 15 février 1997, par Marc Ragon

Auteur de L’Amour de la langue en 1978, et d’une dizaine d’ouvrages depuis (dont Le Triple du plaisir qui vient tout juste de paraître chez Verdier) Jean-Claude Milner a fait de la linguistique son métier. Mais cette seule science humaine donnerait de son travail une dimension réductrice. Le « Bon Plaisir » que Christine Goémé lui consacre donne une illustration frappante... Lire la suite

Catholica, printemps 97, par Stéphen de Petiville

Entretien avec Jean-Claude Milner. propos recueillis par Stéphen de Petiville.

L’une des grandes caractéristiques de la modernité est sa fécondité ~ produire sans cesse de nouvelles figures qui tour à tour sont censées ouvrir la voie du bonheur à l’humanité…

Adam Smith croyait que le développement du commerce permettrait d’éradiquer totalement toute forme... Lire la suite