cannibale
Cannibale

Collection jaune

Récit

96 p.

8,11 €

ISBN : 978-2-86432-297-9

Parution : septembre 1998

1931, l’Exposition Coloniale. Quelques jours avant l’inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d’une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d’un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l’intérêt du public, veut bien prêter les siens, mais en échange d’autant de Canaques. Qu’à cela ne tienne ! Les « cannibales » seront expédiés.

Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l’intrigue sur fond du Paris des années trente – ses mentalités, l’univers étrange de l’exposition – tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie.

Extrait

— Ah, c’est enfin vous, Grimaut ! Cela fait bien deux heures que je vous ai fait demander… Que se passe-t-il avec les crocodiles ? J’ai fait le tour du parc ce matin, avant de venir au bureau, je n’en ai pas vu un seul dans le marigot…
Grimaut commence à transpirer. Il baisse les yeux.
— On a eu un gros problème dans la nuit, monsieur le haut-commissaire… Personne ne comprend ce qui a bien pu se passer…
— Cessez donc de parler par énigme ! Où sont nos crocodiles ?
— Ils sont tous morts d’un coup… On pense que leur nourriture n’était pas adaptée… Á moins qu’on ait voulu les empoisonner…
L’administrateur reste un instant sans voix, puis il se met à hurler.
Grimaut déglutit douloureusement.
— Morts ! Tous morts ! C’est une plaisanterie… Qu’est-ce qu’on leur a donné à manger ? De la choucroute, du cassoulet ? Vous vous rendez compte de la situation, Grimaut ? Il nous a fallu trois mois pour les faire venir des Caraïbes… Trois mois ! Qu’est-ce que je vais raconter au président et au maréchal, demain, devant le marigot désert ? Qu’on cultive des nénuphars ? Ils vont les chercher, leurs crocodiles, et il faudra bien trouver une solution… J’espère que vous avez commencé à y réfléchir…
L’adjoint a sorti un mouchoir de sa poche. Il se tamponne le front.
— Tout devrait rentrer dans l’ordre au cours des prochaines heures, monsieur le haut-commissaire… J’aurai une centaine de bêtes en remplacement, pour la cérémonie d’ouverture. Des crocodiles, des caïmans, des alligators… Ils arrivent à la gare de l’Est, par le train de nuit…
— Gare de l’Est ! Et ils viennent d’où ?
Grimaut esquisse un sourire.
— D’Allemagne…
— Des sauriens teutons ! On aura tout vu… Et vous les avez attrapés comment vos crocodiles, Grimaut, si ça n’est pas indiscret ?
L’adjoint se balance d’un pied sur l’autre.
— Au téléphone, tout simplement. Ils viennent de la ménagerie du cirque Höffner, de Francfort-sur-le-Main. C’était leur attraction principale, depuis deux ans, mais les gens se sont lassés. Ils cherchaient à les remplacer pour renouveler l’intérêt du public, et ma proposition ne pouvait pas mieux tomber…
Albert Pontevigne fronce les sourcils.
— Une proposition ? J’ai bien entendu… J’espère que vous ne vous êtes pas trop engagé, Grimaut.
— Je ne pense pas… En échange, je leur ai promis de leur prêter une trentaine de Canaques. Ils nous les rendront en septembre, à la fin de leur tournée.

Revue de presse

World Literature Today, printemps 1999, par Maria Green, University of Saskatchewan

The Melanesian small islands, discovered by Cook in 1774 and annexed to France under the name of New Caledonia in 1853, played the same role for the French as Australia did for the British. Napoleon III deported criminals to the islands, and Alsatians settled  there after the 1870 defeat. Arriving along with the criminals and... Lire la suite

Libération, 6 novembre 1998, par Christian Tortel (rédacteur en chef adjoint de RFO Nouvelle-Calédonie)

Kanaks au zoo

La sortie du livre de Didier Daeninckx, Cannibale (éditions Verdier), retrace un épisode de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. En 1931, cent onze Kanaks sont exhibés comme « cannibales authentiques » à l’Exposition coloniale de Paris. Plusieurs centaines d’« ambassadeurs » des colonies africaines et asiatiques font le voyage. L’Empire français est à son apogée. Pour les... Lire la suite

Le Monde, 6 septembre 1998, par Jean-Luc Douin

Des Cannibales au bois de Vincennes

Sons et lumières, fastes, grandes eaux : le 6 mai 1931 s’ouvre au bois de Vincennes un zoo, et l’Exposition coloniale la plus grande du genre. Son commissaire général, le maréchal Lyautey, l’inaugure en affirmant qu’elle est « une leçon d’union entre les races qu’il ne convient pas de hiérarchiser en... Lire la suite

La Libre Culture, nº 157, 18 septembre 1998, par Gilles Schepens

Un Kanak dans la villes

Un homme reste-t-il un homme lorsque d’autres le considèrent comme un anthropophage sauvage ? Comment garder sa dignité en se retrouvant parqué dans un zoo entre les fauves et les caïmans ? Gocéné est un vieux kanak de 75 ans vivant en Nouvelle-Calédonie. Arrêté à un barrage routier par deux soldats adolescents,... Lire la suite

Conférence à l’Institut franco-japonais de Tokyo, 24 avril 2003, par Didier Daeninckx

La marque de l’histoire

On évoque souvent son « premier amour » et privé des émotions éternelles qu’il fait naître, des pans entiers de notre culture s’effondreraient : la chanson n’existerait pratiquement plus, la poésie ne serait plus que l’ombre d’elle-même, des kilomètres de pellicule deviendraient sans objet, des acteurs, par milliers seraient privés de répliques,... Lire la suite

Le Monde, supplément « Culture et Idées », 29 décembre 2011, par Frédéric Joignot

Ataï plus d’un siècle d’exil

Où est passée la tête du « Grand Chef » kanak Ataï ? Tranchée à coups de hache, puis volée, décharnée et sciée, cette tête hante les relations entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole depuis près de cent quarante ans. Ataï avait fomenté l’insurrection kanak de 1878, où des dizaines de colons et de... Lire la suite

Radio et télévision

« Affaires sensibles », « Ataï, le retour du chef » par Fabrice Drouelle, France Inter, vendredi 5 décembre 2014 à 15h