Le Balcon d’Angelo

Collection jaune

Roman

128 p.

12,17 €

Tirage de tête : 31 €

ISBN : 978-2-86432-143-9

Parution : janvier 1992

Entre la bouche d’ombre de la figure maternelle et celle de la mort, comment échapper à l’enfermement ? L’écriture n’en est-elle pas, au fond, qu’une modalité ? Le balcon est-il observatoire tendu vers l’autre, fascinant appel du vide ou lieu d’une apparition ? celle de l’adolescence, sous les traits de Jane. Cette présence sera-t-elle, pour le narrateur, consolation ou insurrection de la vie au cœur de cette lutte nocturne et sourde où la mémoire exhume, en contrepoint de ce visage, son tragique double sur la toile de fond d’une mechta algérienne ?

Extrait

Il n’aime pas le balcon. Ce qu’il apprécie c’est habiter au cinquième étage, à l’abri des passants, des pas et des cris de la rue. Au-dessus des gaz toxiques avait-il pensé non sans se moquer de tenir encore à sa peau, de craindre ces émanations meurtrières dont on parlait à la télévision. C’était la guerre, pour lui la suite inexorable de celle qu’il avait faite, trente ans auparavant, quelques images de nuit aux confins d’un autre désert et d’une autre mémoire. Il aurait pu vivre dans un appartement sans fenêtres. Tu es fou, ne jamais voir la lumière ! Jane hochait la tête. Elle l’enlaçait, collée à son dos, l’embrassait derrière l’oreille. Il fallait croire à l’amour de Jane. C’était donc ça vieillir : faire semblant d’empoigner le présent, s’emparer en intrus d’une histoire sans lendemain.

La mère l’appelait pour le dîner, il attendait un moment caché derrière l’arbre. Elle réitérait son cri : être sûr qu’elle s’inquiétât, droite et blanche sur la terrasse. Sa main abritait ses yeux, elle scrutait le chemin où il finissait par atterrir. Il exigeait la preuve quotidienne de l’amour, au coucher du soleil, quand le doute creusait un grand trou de tristesse.
Avant de la quitter, il se réconciliait avec la mère travestie en vieille femme qui tournait le dos à la fenêtre. Il sacrifiait ainsi aux divinités qui avaient terrifié son enfance afin de pactiser avec les livres qu’il continuait d’écrire, dans la chambre barricadée au-dessus du puits muet de la cour. Toutes les fenêtres s’ouvraient sur le passé. Que lui importait le balcon tendu vers la ville ? En bas, ce n’était pas la réalité non plus, mais une rue qui ressemblait à tous les passages où s’étaient engouffrés jadis les rêves de départ.

Revue de presse

Indications, juin 1992, par Hubert Thomas

Peut-être pourrait-on titrer ce livre : Les contraintes de l’écriture ? Mais, bien sûr, ce n’est pas là un bon titre pour un roman. Pourquoi écrit-on ? Plus précisément, pourquoi s’impose-t-on les contraintes de l’écriture ?

Des contraintes, le narrateur qui achève d’écrire un roman, s’en est donné. Et l’ouvrage d’Hugo Marsan se livre en quelque sorte à une exploration... Lire la suite

Bulletin critique du livre français, avril 1992

Entre la présence obsédante de la mère et la mort portée à l’intérieur de soi, entre l’enfance déchirée et l’incapacité de devenir adulte, comment échapper à l’enfermement ? L’écriture ne constitue-t-elle pas aussi une modalité de son propre emprisonnement ? Tenter pour le narrateur d’achever le dernier chapitre de son livre ne conduit-il pas directement à la... Lire la suite

Le Magazine littéraire, avril 1992, par Serge Safran

La mort en italiques

La lutte pour le bonheur ressemble étrangement à celle contre la mort. La vieillesse en devient plus aiguë, confrontée aux souvenirs d’enfance et à la différence d’âge. Entre une mère sur le point de perdre la vie et une nouvelle « jeune » femme qui, elle, la croque à belles dents, le narrateur... Lire la suite

Le Monde, 22 février 1992, par Jean-Noël Pancrazi

La fiction déchirée

Tout romancier éprouve, un jour, le besoin de se mettre à nu, de s’imposer à lui-même une épreuve de vérité, en s’interrogeant sur ce qui, de tout temps, l’a poussé à écrire. Hugo Marsan le fait aujourd’hui. Et magnifiquement. Déchirant le voile de la fiction et franchissant, du même coup, un cap... Lire la suite

Télérama, 22 janvier 1992, par Michèle Gazier

Au bout des souvenirs

Un écrivain, rendu pour dix jours à sa solitude – sa jeune compagne journaliste est partie couvrir la guerre du Golfe – tente de terminer le dernier chapitre d’un roman. C’est la nuit du point final. La terrible nuit où il doit faire mourir son personnage. Mais son corps se venge d’une telle tension : une... Lire la suite