Les Pages arrachées

Terra d’altri

Roman. Traduit par Carole Walter

224 p.

15,22 €

ISBN : 9782864322146

Parution : janvier 1995

Présentation de Natalia Ginzburg

À Rome, dans une maison des beaux quartiers, une jeune fille sombre dans la dépression. Son beau visage aux lèvres scellées, son corps à demi adolescent qui s’abandonne inerte dans la pénombre, apparaissent à sa famille comme un muet et sévère reproche qu’elle ne comprend pas. Des conflits jusqu’alors en sommeil, des jalousies infantiles, des remords, des sentiments réprimés affleurent. Né de cet intérieur à plusieurs voix, le récit qui s’élève et prend forme est pour l’essentiel l’histoire du rapport entre un père et une fille : rapport anxieux, douloureux, fait de caresses rudes, d’aveux aussitôt tronqués, de compassion réciproque.

Un journal dont quelques pages ont été arrachées, un anneau d’argent à la cheville, une photo voilée, sont les rares indices dont dispose le père pour reconstituer des faits ensevelis dans le noir. À partir de ces quelques éléments va se dessiner sous ses yeux un monde d’exilés, d’apatrides, monde plein d’errance et fourmillant, où innocence, violence et corruption se confondent et subissent un même et sombre destin.

Extrait

En une parfaite et infrangible communion avec eux-mêmes, ils naviguaient dans un espace infini, sans avoir jamais franchi le périmètre de la maison où ils étaient nés. À l’extérieur – à peine deviné, rencontré par hasard au cours de voyages ou bien dans les rues qu’il fallait emprunter – ils voyaient des désaccords et des asservissements qu’il fallait éviter. Ils souffraient surtout des séparations ; et la trahison de celui qui s’en allait provoquait son effacement immédiat dans le cœur des autres.

En apparence, ils étaient sous tous rapports des enfants comme il faut ; serviables et souriants, ils collaboraient. Ils le faisaient en toute bonne foi. Aucun d’entre eux n’aurait su dire pourquoi on devrait être antipathique ou rebelle. Ils en voulaient à leurs frères aînés, avec leurs récits d’adolescence difficile. Maintenant, tout était connu et sous contrôle.

Revue de presse

Libération, 2 mars 1995, par Anne Diatkine

L’incomprise de Comencini

Quatre sœurs déjà adultes, dont la dernière, âgée de dix-neuf ans, ne parle plus. Pourquoi ? Cristina Comencini, dont c’est le premier roman et qui en a fait paraître un autre depuis en Italie, ne commet pas l’indiscrétion de nous répondre d’emblée, mais restitue le flot de paroles et d’hypothèses que provoque le... Lire la suite

Indications, avril 1995

La mode aujourd’hui est à la « novélisation », entendez à la réécriture sous forme romanesque et supposée littéraire d’un scénario. Soit l’exact contraire de l’adaptation traditionnelle d’un roman en langage télévisuel. Mais conçu hors de ce contexte d’une filiation directe entre les genres, le premier roman de Cristina Comencini montre à quel point le cinéma et... Lire la suite

Télérama, 31 mai 1995, par Valérie Marin La Meslée

Tout semblait en ordre dans la vie de Guido Forte, patron, grand bourgeois… Et voilà que Federica, sa plus jeune fille, s’enferme dans un mutisme qu’elle est la première à ne pas s’expliquer. Elle a perdu l’usage de la parole depuis que Marco a disparu de sa vie. Comment s’est achevée leur histoire ? Impossible de... Lire la suite

Le Nouveau Politis hebdo, 15 juin 1995, par Bertrand Leclair

Une adolescence fin de siècle

Je pense donc je suis. Voire. C’était bon du temps où l’homme avait quelques bonnes vieilles certitudes des familles, comme autant de digues, du temps où le langage n’avait pas encore divorcé des choses. Qui pourrait encore prétendre que penser l’aide à exister, à briser la vitre épaisse qui toujours... Lire la suite