mecanique
Mécanique

Collection jaune

Prix Louis Guilloux

128 p.

11,66 €

ISBN : 978-2-86432-340-2

Parution : septembre 2001

On a posé la main sur le front et les cheveux, et gardé la sensation de froid. Et puis la même main, le même matin, se saisira de l’urne brûlante. Les deux sensations coexistent, quoi qu’on fasse, dans la main droite, des jours et des jours. Justement la main qui écrit.
Écrire, on avait commencé d’en approcher : parce que tout cela, ces véhicules, ces noms, avaient traversé le siècle avant d’être déclarés obsolètes, c’est de cela qu’avec lui, trois semaines plus tôt, on s’était encore entretenu. De ces véhicules, de ces maisons, de ces noms, des trois générations de garage.
Maintenant, évidemment, on est seul avec quelques photographies, et des papiers imprévus. Seul avec les images et les voix qui traversent la nuit, et cette sensation, dans la main droite, rémanente.
On obéit à la main, qui dresse portrait du mort.

 

Cet ouvrage a reçu le Prix Louis-Guilloux 2002.

Extrait

Langue : puisqu’il s’agit non pas d’un garage mais d’une suite de garages, trois exactement, celui du grand-père et l’enfance, puis le déménagement et à Civray (dans le département de la Vienne, mais au bord de la Charente) le garage maintenant celui du père, puis le garage neuf construit en bord de route à la sortie de la ville comme rupture définitive de la maison et des voitures. D’un seul coup cette année-là (tu as onze ans, tu as déjà en Vendée commencé ta sixième, interrompue en route) il n’y a plus la mer, c’est en pays de collines et d’un autre accent, une autre façon de prononcer la langue quand bien même on n’est qu’à cent soixante-quatre kilomètres, parce qu’à Civray la langue est déjà celle du Limousin proche tandis que dans cette poche de Vendée c’était la vieille syntaxe de Poitou, haute langue du douzième siècle et ce qui en survivait aux temps de l’écrasement des protestants qui l’a figée telle quelle. Plus tard, loin de la famille et du garage, quand toi tu avais ouvert et lu Rabelais puis d’Aubigné tu avais su que telle était la langue autrefois autour de toi entendue, la langue des marais sous la mer : comprenant non pas seulement cette distorsion par trop de mots oubliés mais une manière de tirer la syntaxe et de l’assembler. Il suffisait d’y ajouter cet art des diphtongues tel qu’il vous reste toute la vie dans l’oreille pour que dans trois mots prononcés toute la lourdeur voire la sauvagerie de ce qu’on refuse à dire mais qu’il faut bien laisser entendre qu’on le sait ou qu’on le pense resurgisse, une manière d’arrêter la phrase trop tôt, de la bouler sur cette fin qu’on vous laisse dans les mains comme à charge. Le bilinguisme que même alors on pratiquait tous de la langue d’ici et de la langue de l’école pas seulement une affaire de langue, mais de porter différemment la charge de ce qu’à l’autre on veut dire.
Voix : lui-même parlant ces derniers mois de la mort, de temps bref que prétendument il lui restait et nous se moquant, l’empêchant de continuer, lui disant qu’avec ses histoires il nous barbait, lui insistant que ce n’était plus comme avant, en lui disait-il, pour le corps et la tête, cet affaissement, une fatigue et nous rétorquant une fois de plus qu’il aimait trop à se faire plaindre et qu’à tout on pouvait résister, que c’était une question de décision intérieure, tenir et pas s’abandonner.

Revue de presse

Politis, 8 novembre 2001, par Christophe Kantcheff

Mécanique du souvenir

Dans Mécanique, François Bon brosse le portrait de son père défunt, garagiste ayant la passion de son travail. Un hommage subtil.

Au début, c’était une vague idée de livre, une sorte de long inventaire d’intérieurs où François Bon a cu, « juste comme ça des intérieurs, rien d’autre, pas repères, as de lieux,... Lire la suite

Télérama, 10 octobre 2001, par Christine Ferniot

Depuis de nombreuses années, François Bon décrypte, dissèque, comptabilise les repères minuscules qui lui permettent de recomposer dans l’écriture des lieux trop vite aperçus, des paysages qui changent, imperceptiblement. Les machines, celles des usines, celles des garages, il en a souvent parlé, dans Temps machine, Paysage fer ou Décor ciment. Voilà que la mécanique... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er octobre 2001, par Gérard Noiret

Hard rock

Depuis vingt ans, et ce pavé dans la mare que fut Sortie d’usine, la langue de François Bon a gardé une sonorité et une texture immédiatement identifiables. Avec leurs nœuds qui traduisent plus une façon d’être qu’une quelconque volonté de s’en prendre aux conventions, avec leurs jaillissements nés de la confrontation avec un monde... Lire la suite

Libération, 27 septembre 2001, par Jean-Baptiste Harang

Bon concessionnaire

Des DS tutélaires, de la suite dans les ID : au chevet d’un père mourant, François Bon égrène dans une « Mécanique » de haute précision une saga familiale automobile.

On sait depuis longtemps qu’il n’est pas nécessaire d’avoir eu un grand-père garagiste pour apprécier la littérature de François Bon. Oui, mais bon. Cette fois,... Lire la suite

Le Monde, 14 septembre 2001, par Philippe-Jean Catinchi

Chambre noire

François Bon réactive la mécanique de la mémoire familiale. En hommage au père.

Tours et détours, ronds-points anonymes où l’orientation se brouille face aux girations répétées et aux panneaux signalétiques hermétiques. Deux frères roulent en quête d’un hôpital où leur père les attend. Non, l’homme couché n’attend plus rien ni personne, retranché... Lire la suite

L’Humanité, 13 septembre 2001, par Jean-Claude Lebrun

Toute une histoire

Dans Mécanique, une cinquantaine de séquences s’enchaînent, commandées par un moteur simple : la libre venue de sensations et de souvenirs, eux-mêmes consécutifs à l’événement capital que constitua la mort du père de l’auteur, en 1999. Un récit ainsi se construit. d’une densité tout à fait exceptionnelle. Porté autant par la charge émotive que par... Lire la suite

Les Inrockuptibles, 11 septembre 2001, par Fabrice Gabriel

Généalogie moteur

Un père mécanicien, une enfance entourée de bagnoles: c’est l’essence que François Bon met dans sa très belle Mécanique, celle de la mémoire.

Inutile de s’appesantir, d’amidonner encore le cliché : la mort, on le sait, fait souvent de bons livres. Celui de François Bon est exceptionnel, qui naît d’un enterrement et n’a de... Lire la suite

Page des libraires, septembre 2001, par Renaud Ego

Des voix, des photos, une maison immobile. Ce qui reste d’enfance avant qu’elle ne s’efface. Le narrateur y revient an moment où la vie de son père s’achève. Urgence et désarroi, urgence à saisir le vif de ce qui se pétrifie, et désarroi de voir combien vieillit ce qui, hier encore, brillait d’un éclat neuf. Lire la suite

Livres hebdo, 24 août 2001, par Jean-Maurice de Montremy

Mécano familial

Chez Verdier, François Bon publie de petits récits autobiographiques et familiaux. Après Temps machine, voici Mécanique, la geste d’une famille de garagistes, amoureux de la carrosserie, dans les années soixante. Un texte taillé dans la langue, dans la lignée d’un Claude Simon.

 L’enterrement (1992) de François Bon surprit ses lecteurs – jusqu’alors... Lire la suite