Vogue, mars 2025

Louise Bentkowski : la révolutionnaire

En septembre dernier, elle a bousculé la rentrée littéraire avec un premier roman étonnant, un texte fragmentaire construit autour d’une légende familiale Ses ancêtres nomades auraient été sédentarisés de force dans la vallée de Bentkowski, en Pologne, et en auraient pris le nom. C’est ce qu’on a toujours raconté à la jeune autrice, qui est aussi metteuse en scène, scénographe, performeuse. À ce roman familial, Louise Bentkowski a incorporé mille histoires privées ou collectives, ainsi que des légendes venues d’ailleurs, dans un mélange de prose et de vers. Un livre comme une installation artistique, qui dépasse le cadre du récit intime de l’immigration et des origines pour accéder à l’universel. « Les histoires que j’écris ne sont pas tout à fait les miennes et absolument les miennes. Car elles sont abritées par le même ciel, reliées à une histoire par une autre histoire et par une autre histoire encore. » Louise Bentkowski fait partie de cette nouvelle génération d’écrivains bien décidée à révolutionner la littérature française en faisant du roman un espace d’expérimentation. Jusque dans l’étrangeté du titre qu’elle a imposé à son éditeur, Constellucination, soit un néologisme nouant constellation et hallucination. « On me disait que c’était un titre impossible, imprononçable. Mais, dans le droit d’inventer un mot, il y a quelque chose de l’ordre de la liberté. »