Le Monde des livres, 10 avril 2026, par Sophie Benard

La démocratie violentée

Pour comprendre la tendance autoritaire des démocraties contemporaines, le philosophe Marc Crépon s’attache à penser les multiples formes de régression qui les guettent. Celles-ci témoignent en particulier, selon lui, d’une volonté de relégitimer des formes de violence contre lesquelles les institutions démocratiques se sont constituées dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Il souligne qu’elles sont à l’œuvre dans le monde entier: violation impunie du droit international, menaces contre l’indépendance des médias, durcissement des lois sur l’immigration, volonté de revenir sur l’abolition de la peine de mort ou sur les droits des femmes.

Et si la démocratie n’offre manifestement pas une assise inébranlable aux libertés et droits acquis, l’auteur remarque pourtant que les « forces de la critique », composées de militants, d’artistes, d’écrivains et de chercheurs, restent actives, traquant les inégalités et plaidant pour que les régimes démocratiques se réarment face à ce qui les met en cause. Encore faudrait-il, conclut Marc Crépon, que les gouvernements ne sentent pas leurs intérêts davantage menacés par ces voix dissidentes que par les « forces de la nuit », leur relation appauvrie au langage et leur rapport perverti à la vérité. Lesquelles, désormais aux portes du pouvoir, s’efforcent de transformer ces régressions en normes.