Lire – le Magazine littéraire, mai 2026, par Bernard Quiriny
S’évader avec Daudet
L’écrivain ardéchois propose avec Flip une variation rimbaldienne sur l’affaire Philippe Daudet, fils de Léon. Un texte magnifique et inclassable.
Flip, c’était le surnom de Philippe Daudet, fils de Léon Daudet, petit-fils d’Alphonse. Ce rejeton de l’une des plus grandes familles littéraires de la IIIème République est mort à l’âge de 15 ans le 24 novembre 1923, d’une balle dans la tête, dans un taxi parisien. Suicide d’un adolescent désespéré, ou assassinat politique commandité par les ennemis de son père, figure de la droite réactionnaire et éditorialiste vedette à L’Action française ? Persuadé qu’il s’agit d’un complot dirigé contre lui, Léon saisira la justice, déclenchant un feuilleton judiciaire connu sous le nom de l’affaire Philippe Daudet. Mais ce ne sont pas ces développements posthumes qui intéressent Jean-Jacques Saigon dans Flip, c’est plutôt la vie et la personnalité de Philippe, garçon chimérique, instable et nerveux, qui rêve de grands voyages au Canada et qui fugue dès qu’il peut. Tel un détective, l’auteur met ses pas dans celui de son jeune personnage, pour le suivre à la trace dans les rues de Marseille ou de Paris. En chemin, il pense souvent à Rimbaud, autre fugueur fameux, auquel il a consacré un précédent livre. Les souvenirs personnels se mêlent aux faits historiques, l’étude de caractère se double d’un récit d’excursions, dont une en compagnie de l’ami Jean Rolin, pour une balade en duo du côté de… Ris-Orangis. En résulte un texte magnifique et inclassable, savamment déstructuré, une méditation mélancolique sur le passé, l’adolescence, l’aventure, le rêve poétique de s’inventer d’autres vies.