Alternatives économiques, 5 juillet 2026, par Ève Charrin

Les 13 romans qu’Alter Eco vous conseille d’emporter en vacances

Tout au long de l’année, nous recensons les romans à teneur économique et sociale. Voici une sélection de ceux qu’on a retenus au cours des six derniers mois, complétée par d’autres coups de cœur.

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L’été, certains choisissent d’oublier le travail, quand d’autres en profitent pour y réfléchir à nouveaux frais. Works est fait pour ceux-ci, et peut-être pour tous les autres. Vu la place qu’il occupe dans nos vies, le boulot mérite largement ce roman autobiographique de 715 pages, surprenant et rythmé comme une improvisation de jazz. Devenu écrivain, acteur et dramaturge, grande voix de la littérature italienne contemporaine, Vitaliano Trevisan (1960-2022) documente dans ce texte étonnant sa « première vie professionnelle » un peu chaotique. Elle est faite de vingt-deux ans de petits boulots ou de salariat plus ou moins subalterne dans sa région natale, aux environs de Vicence, dans cette Italie du Nord industrieuse et prospère qui fait du travail, note-t-il, « une religion ».

Dans la famille, « il n’y a pas de sous ». Alors à quinze ans, pour se payer un vélo, le narrateur entame la série avec un premier job d’été dans une usine de cages à oiseaux, au poste de moulage des abreuvoirs. L’adolescent court le risque d’y laisser ses doigts, mais comme lui a glissé son père en dialecte vénète, il est temps qu’il « comprenne d’où ça vient » « Ça » , c’est l’argent bien sûr, le nerf de la guerre et la motivation assumée des efforts un peu contraints que déploie le narrateur durant deux décennies, avant son quotidien d’écrivain à « notoriété sans succès » (car le succès commercial n’est pas au rendez-vous, qui aurait assuré à l’auteur des rentrées d’argent abondantes et régulières).

« Pourquoi est-ce que je finis toujours par trouver un travail, me disais-je, pourquoi est-ce qu’on ne me laisse pas tranquillement partir à la dérive ? » De ces longues années comme maçon, manœuvre, employé, entrepreneur à son compte, géomètre, designer technique, et même dealer occasionnel de drogues douces et dures, Trevisan fait un récit réflexif et précis, goguenard et profond — au sens fort du mot, une œuvre (« work » signifie en anglais à la fois travail et œuvre). Alchimie magistrale.