Le Nouvel Observateur, 20 août 2026, par Anne Crignon

Les choses en face

La femme qui prend la parole a reçu en héritage un strabisme difficile, le divergent, celui de l’œil tourné vers l’extérieur. Une opération, survenue dans sa douzième année, ayant à peine changé les choses, il a fallu faire le deuil d’un regard droit. L’affaire prend une dimension métaphorique l’année où, confrontée à la vieillesse de ses parents, regarder en face la réalité de son histoire familiale devient une nécessité. Victoria Kaario fait le portrait d’une mère de plus en plus envahissante. Elle mêle au récit de ses difficultés à y voir clair une réflexion sur la place donnée au regard décalé, étrange, dérangeant, perçant, dans la représentation commune – d’Isabelle Adjani et sa vision floue dans « l’Eté meurtrier » à Victorine Meurent, modèle fuyant de Manet pour « le Déjeuner sur l’herbe » ou « Olympia ». De belles pages, structurées, succèdent à d’autres, qui semblent davantage relever du matériau brut ou des notes de travail, mais c’est la singularité du livre qui frappe, avant tout.