Télérama, 5 août 2026 par Juliette Cerf
Quelles traces les films laissent-ils, au fil du temps, dans nos esprits ? Comment correspondent-ils en secret, reconfigurant ainsi un autre chemin vers eux ? Entre la Cinémathèque française et sa librairie Ombres blanches, à Toulouse, Christian Thorel, né en 1953, n’a cessé d’aimer le cinéma et de lui rendre hommage, en invitant cinéastes, penseurs, techniciens ou acteurs à en parler, parmi lesquels, quand même, Chantal Akerman, Georges Perec, Susan Sontag, Henri Alekan ou Maria Casarès. Le temps était venu de coucher par écrit la matière vive de sa cinéphilie, nourrie par les Cahiers du cinéma et « la recherche d’une vérité ». Dans cet essai inspiré, Les Nuits expérimentales, où Carl Dreyer et Jean-Luc Godard côtoient Marguerite Duras et Jean-Louis Comolli. Christian Thorel confie que la « révélation de l’effroi » eut lieu pour lui, étant enfant, au rythme d’une séquence du Tombeau hindou, de Fritz Lang, lorsque « la danseuse Seetha est précipitée dans un trou de terre abritant des lépreux… Comme l’écrivait Robert Bresson, ombre tutélaire, ce qui est beau au cinéma, ce sont les raccords, c’est par les joints que pénètre la poésie ». Dans ce livre aussi.