Les Inrockuptibles, octobre 2026, propos d’Olivier Rolin

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Une œuvre marquante de ces quarante dernières années ?

Celle d’Antoine Volodine et de ses hétéronymes. D’habitude, on n’aime pas trop employer Je terme « œuvre », qui fait pompeux. Mais pour les 49 titres des auteurs du post-exotisme, c’est le mot juste. Sinon, on pourrait dire « cathédrale », profane naturellement, tant s’en dégage une très sombre majesté. Une cathédrale sorcière, mettons. Construction monumentale et minutieuse, monstrueuse et délicate, multiple comme est multiple le malheur de l’oppression et furieusement cohérente comme le sont la rébellion et sa mémoire, superbement indifférente aux modes, à ce qu’on appelle « l’actualité », à tout ce qui n’est pas la logique de son déploiement, pleine de visions, de cauchemar et d’éclats d’un humour féroce. Épopée onirique des vaincus, Iliade des gueux internationaux, grand chant choral des damnés de la terre présents et à venir. Que cette formidable machine de langue se soit montée sous nos yeux rendrait optimiste quant à la puissance intacte de la littérature, qu’elle ne soit pas plus unanimement reconnue incline au pessimisme quant à l’accueil que lui consent l’époque.

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