La Croix, 15 octobre 2026, par Christophe Henning
En quête de destins perdus
Dans un roman resserré et haletant, Emma Marsantes fait l’inventaire de son histoire familiale.
Neuilly-sur-Seine, 1980, une femme se donne la mort. Et si ce geste désespéré s’inscrivait dans une longue lignée de vies chahutées ? La narratrice va reconstituer un siècle de vie familiale, à la manière d’un kaléidoscope. Car Emma Marsantes, dans ce bref récit, ne livre que quelques-unes des facettes des quatre générations qui se succèdent. Il ne faut pas trop en dire, mais le transcrire avec puissance, dans une écriture âpre, solide.
Comment raconter ? Que sait-on vraiment de ces pères, mères, oncles, frères et sœurs qui ne cessent de se croiser ? « On étale les photographies, on relit les lettres conservées une à une. On frotte les récits les uns contre les autres, on veut comprendre », insiste la narratrice, double de l’écrivaine.
Du côté paternel, le vingtième siècle a été une longue épreuve. Pourtant, la famille Bratard menait grande vie grâce au travail obsédé du patriarche. Les guerres, la décolonisation, l’acharnement aussi du destin qui frappe les mâles vont conduire à la ruine. Côté maternel, une succession de femmes mène à Elsa, mal mariée : « Elle restera obéissante, bonne actrice, jouant son rôle d’apparat, tenant bon an mal an, valeureuse, ne se demandant pas comment scier les barreaux. » La mère de la narratrice, un peu perdue, est le dernier maillon d’une saga bouleversante. Doit-on porter les blessures de générations passées ? Et désespérer de la vie ? « Tout ce que je sais sur ta mère, c’est qu’elle n’était pas à sa place. »