Transfuge, 1er février 2026, par Aude Bourbon Parme

Comment apparaît une idée artistique révolutionnaire ? Dans ce court texte paru en 1913 en allemand, le peintre russe Wassily Kandinsky, pionner de l’abstraction, raconte sa découverte de l’abstraction. Il partage ses premiers émois de jeunesse face à la couleur, la musique et les paysages qui l’entourent. « C’était une joie qui m’ébranlait jusqu’aux tréfonds de l’âme ». Lancé tardivement dans une carrière artistique, il cherche son style, dessine difficilement, copie. « Rembrandt me stupéfia. » Il lui révéla « des possibilités totalement nouvelles ». Les tableaux éveillent en lui « une joie pleine de respect. » L’artiste explore, expérimente, échoue, cherche à dépasser les évidences. « Qu’est-ce qui peut remplacer l’objet ? » se demande-t-il, alors que l’abstraction n’existe pas encore. La réponse apparaît au fil des pages. Lorsqu’il décrit les couleurs sorties du tube, « vivantes, indépendantes, douées de toutes les qualités nécessaires pour mener ensuite leur propre vie ». Lorsqu’il s’intéresse à la qualité d’une œuvre d’art pour finir par comprendre qu’elle « dépend absolument de l’intensité de la force du désir intérieur (=le contenu) de l’artiste. » Mais, écrit-il « l’abolition de l’objectalité dans la peinture entraîne, évidemment, de très hautes exigences concernant la capacité de faire l’expérience intérieure d’une forme purement artistique. » Et c’est ce qui le pousse à écrire. « Mon livre Du spirituel dans l’art (NDLR : paru en1911) a pour but essentiel d’éveiller cette capacité à percevoir du spirituel dans les œuvres matérielles et abstraites qui s’avérera à l’avenir absolument nécessaire et générera des expériences infinies. Le désir de faire vivre cette capacité joyeuse chez ceux qui ne la possèdent pas encore, est la raison principale de la publication de ces ouvrages. » Car pour lui, l’art abstrait représente l’art absolu. Mais pour l’apprécier, il faut être guidé.