Libération, 16 mai 2026, par Frédérique Roussel
Maylis de Kerangal est « bigleuse » depuis l’enfance. Elle révèle avoir eu un pansement sur l’œil droit à 10 ans, pour faire travailler le gauche, et elle nous rappelle alors des visages cyclopéens oubliés. Elle est « taupe » et « chouette », car elle a développé une vision des mouvements et des contours. Elle se passe pourtant de lentilles, « à la place, j’écris des romans ». Le roman comme optique, il fallait y penser. La Lentille et le roman a d’abord été une conférence donnée à Lagrasse en août 2024. L’autrice de Réparer les vivants joue le texte en mode parler, entrecoupé d’extraits de ses livres. Le rapprochement entre la vue et la littérature s’avère fructueux : Spinoza polissait des lentilles tout en étant philosophe, les deux activités se nourrissant l’une l’autre. « Mon travail lie l’optique à la littérature. Ou plutôt mon travail, l’écriture, est une optique. »